La mémoire des lieux de John Van Oers

Muriel de Crayencour
28 janvier 2016
En 2014 déjà, le journal français Le Quotidien de l'Art évoquait un déplacement des galeries d'art contemporain du haut de la ville vers le pôle de plus en plus actif du Rivoli Building. Samedi dernier, on a pu le constater encore une fois lors du vernissage collectif au Rivoli : les nombreux visiteurs, collectionneurs, amateurs, amis se hélaient d'un accrochage à l'autre. Une belle énergie circulait entre les lieux et les gens. Il est vrai que petites, grandes galeries et vitrines indépendantes forment un tout diversifié qui rend la visite agréable.

Chez Rossi Contemporary – qui restera pour toujours celui qui a cru à cette galerie commerçante traversant un immense immeuble de béton des années 1970 – voici John Van Oers (1967, vit et travaille à Borgerhout), nouvel artiste de la galerie, qui présente une série de sculptures d'une force narrative émouvante et pleine de poésie. Le bronze à la cire perdue, mais aussi le plâtre et le bois sont les matériaux de prédilection de l'artiste. Van Oers s'intéresse aux lieux et aux architectures chargés de mémoires affectives. Les siennes, bien évidemment. Ces endroits qui lui sont restés dans le cœur... et dans l'œil, aussi.

Ainsi, The parental house est une découpe de chaque mur d'une maison, présentée à plat, devenu plan inquiétant. The circus est un bronze racontant en quelques volumes un souvenir d'enfance. The stage présente une scène fabriquée de quelques planches de bois, fragile et minuscule – coulée en bronze ensuite –, autre trace de la mémoire, petit format de voyage à mettre dans la poche de ses souvenirs. Plus classique, cette maison au toit pentu, forme si reconnaissable, The basement, posée sur un autre volume censé représenter la cave... espace clos rendant l'ensemble plutôt inquiétant. Sur une longue surface plane, un tout petit volume en forme d'usine, The firm, dresse en quelques traits efficaces un compte-rendu de nos pays postindustriels. Notre mémoire nous joue des tours, pourtant, ici, notre œil reconnaîtra ce qu'évoque l'artiste.

Economie de moyens, humour, sens de l'espace, travail sur la mémoire sont les caractéristiques principales du travail de ce sculpteur qui expose régulièrement en Flandre. Une découverte.
John Van Oers
Short Cuts
Rossi Contemporary
Rivoli Building
690 chaussée de Waterloo
1180 Bruxelles
Jusqu’au 5 mars
Du jeudi au vendredi de 13h à 17h, samedi de 14h à 18h
www.rossicontemporary.be



















Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.