Revoilà Camille de Taeye

Muriel de Crayencour
04 février 2016
Retour aux cimaises du Salon d'Art de Camille de Taeye, cet artiste bruxellois né en 1938 et disparu en octobre 2013. Elève de Gaston Bertrand, il a enseigné à l’Institut Saint-Luc à Bruxelles ainsi qu’à l’Ecole des Arts Constantin Meunier d’Etterbeek. A partir 1982, il a souvent travaillé pour le théâtre, imaginant de nombreux décors et costumes. De fait, son œuvre picturale est en elle-même très théâtrale et se décline comme une suite de narrations dramatiques.

Au fil des toiles, dessins, gravures, on replonge sans frein dans l'univers onirique de cet artiste tourmenté. Des œuvres des années 1970 à aujourd'hui, certaines meilleures que d'autres, dans un ensemble sélectionné par son épouse et le galeriste, directement dans l'atelier. Des assemblages puissamment narratifs faits de morcellements. Aucun visage – sauf celui de Minnie – mais un poisson, un œuf, un squelette, un corps nu (sans tête) ou un escarpin, puzzles extraits de l'imaginaire de Camille de Taeye, son réservoir à fantasmes, jamais à court, sans peur, sans frein, dans une danse joyeuse et macabre proche de celles proposées par Ensor, mêlant un saxophone et trois champignons, trois cavaliers et les hanches d'une jeune femme, une miche de pain, une allumette et une lame de rasoir...

L'artiste fait-il des charades ? Construit-il des énigmes à solutionner ? S'adresse-t-il à notre cerveau ? Non. Il rassemble ses impressions, forgées par la vie qui file et qui fut pour lui souvent cruelle, et les objets que son œil croise dans le quotidien. Ce faisant, avec truculence et une liberté de ton presque punk, il soigne les égarements de sa pensée, il panse ses plaies, il sèche ses larmes, il range, rassemble, compose... et donne à voir à nos cœurs. Voici ce qui l'habite, le contenu entier de ses rêves, fantasmes, douleurs. Prenez et partagez.
Camille de Taeye
Me revoilà
81 rue Hôtel des Monnaies

1060 Bruxelles
Jusqu’au 19 décembre
Du mardi au vendredi de 14h à 18h30, samedi de 9h30 à 12h et de 14h à 18h
lesalondart.skynetblogs.be/















Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.