John McAllister rêve en couleurs

Muriel de Crayencour
07 avril 2016
Arbres, plantes, fleurs, tiges, feuilles, ramures... Intérieurs ou vues sur un coin de bois, les toiles de John McAllister offrent un mélange tout à fait séduisant entre une relecture de la peinture de ses pairs modernes et fauvistes et le petit chouia qui les rend actuelles. Dans l'immense espace de la galerie Almine Rech à Bruxelles, les grands formats et la palette réduite de cet artiste californien né en 1977 sont du plus bel effet.

Rose fuchsia, rose tyrien, violet profond, bleu turquoise et rose passé sont les seules couleurs désignées par l'artiste pour entrer en scène. Elles donnent à ses toiles l'aspect de vues de nuit. Mais aussi un petit côté californien, sans complexes. Je peins donc j'existe. Les compositions rappellent le Douanier Rousseau, avec leurs successions de plantes représentées à plat, comme des décors de carton, interchangeables. Ou Henri Matisse, et ses cadrages si précis d'un intérieur dont la fenêtre donne sur le jardin. Ou encore Paul Gauguin, pour les aplats de couleurs vives.

Ici le rose puissant d'un mur sur lequel se détache une desserte, un vase, un porte-parapluie. Sur la gauche de la toile, un bleu turquoise vibrant pour évoquer le jardin, le dehors, lieu ensoleillé. Là, un ensemble de buissons dont les tiges et ramures s'entremêlent dans le bleu profond de la nuit. Encore un morceau de paysage – presque entièrement rose. S'y épanouissent quantité de plantes présentées comme dans un catalogue horticole. Les végétaux sont les personnages centraux des œuvres de John McAllister. Les représenter, avec un trait moderniste et de beaux aplats, voilà ce qui anime l'artiste.

Au fil de l'accrochage, on comprend que ce qui intéresse l'artiste américain, c'est la puissance de la couleur, le pouvoir du pigment, l'éclat des teintes. Comment un violet intense peut transformer l'atmosphère d'une nature morte. Comment un rose fuchsia peut transporter un simple paysage vers une scène de rêve, ou de temps suspendu. Chaque toile, carré intense de couleurs, forme comme un trou sur le mur blanc de la galerie. Il vous reste quelque jours pour vous jeter dedans.

John McAllister
Riot rose summery
Almine Rech Gallery
20 rue de l’Abbaye
1050 Bruxelles
Jusqu'au 14 avril
Du mardi au samedi de 11h à 19h
http://www.alminerech.com/















Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.