Les déserts brûlants de Balgo

Muriel de Crayencour
14 avril 2016
Les 15 femmes artistes à découvrir chez Aboriginal Signature présentent un corpus impressionnant de vie, d'énergie. Toutes originaires de la région de Balgo, elles travaillent au sein de la Warlayirti Artists Aboriginal Corporation, avec 300 autres artistes issus des communautés indigènes de Wirrimanu, Mulan et Kururrrungku.

Plusieurs de ces artistes ont déjà une reconnaissance internationale : Eubena Nampitjin, Elisabeth Nyumi, Nora Wompi, Christine Yukenbarri ou Kathleen Paddoon. Frontales, irradiantes, solaires, presque brûlantes, leurs toiles dégagent un flux de lumière impressionnant. Soit en longs traits jaunes, blancs, rouges, presque organiques, soit avec la technique du point, si reconnaissable, elles évoquent les lieux de rencontre, ceux propices pour donner la vie, les endroits où trouver de la nourriture. Une galaxie voit le jour, à la fois vive, moderne et archaïque. Les couleurs semblent prendre le dessus sur les évocations. Elles sont là pour dire le soleil, la blancheur de la lumière, mais aussi la joie d'être vivante, le sang qui coule dans les veines.

Les femmes aborigènes occupent une place importante dans la culture nomade des indigènes d’Australie. Jusque dans les années 1980, ce sont principalement les artistes hommes qui sont mis à l'honneur. Dès 1983, quelques femmes de la communauté de Yuendumu réalisent des toiles à l'acrylique qui ont un succès immédiat, à tel point qu'elles peuvent acheter un 4x4 pour gagner leur indépendance et rejoindre à nouveau leurs lieux sacrés. Depuis, la place des femmes artistes ne va cesser de gagner en importance, jusqu’à dépasser en pourcentage les créations des hommes. Selon Judith Ryan, célèbre anthropologue et curatrice australienne « l’émergence des femmes a changé le cours de l’art aborigène » et la vision que nous avions des femmes dans la culture aborigène.

Tout un pan de la culture indigène d’Australie est géré par les femmes, ce qui leur donne un rôle essentiel dans la politique de récupération des terres auprès des tribunaux. Elles disposent en effet de droits fondamentaux sur les rêves et rituels connectés au territoire. Elles sont en charge de la vie sociale, de l’éducation des plus jeunes, de l’harmonie dans la communauté et de tous les mythes liés à la fertilité. Ce corpus de pouvoirs se tisse au fil de leurs œuvres en une imprégnation forte, intime, vivante, cathartique.
Women of the desert
Aboriginal Signature
Estrangin Fine Arts
101 rue Jules Besme
1081 Bruxelles
Jusqu’au 19 mars
Du mercredi au samedi de 14h à 19h
http://www.aboriginalsignature.com/













Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.