Sébastien Bonin, tissages photographiques

Muriel de Crayencour
07 avril 2016
Plongé dans de vieilles bandes dessinées et scotché devant des films de cow-boys et indiens, Sébastien Bonin (1977) en extrait des parcelles d'images, qu'il va agrandir et travailler. Ces détails qu'il sélectionne et met en exergue font partie intégrante des histoires racontées. Ici, ce sont les textiles des indiens Navajo, avec leurs motifs géométriques si reconnaissables, qu'il met en jeu.

Les motifs sont agrandis, puis reproduits avec la technique du photogramme, l'ancêtre de la photographie. Un photogramme est une image photographique obtenue sans utiliser d'appareil photographique, en plaçant des objets sur une surface photosensible et en l'exposant à la lumière. Sébastien Bonin utilise des films gélatines qu'il coupe, colle et parfois marque au pinceau. Ceux-ci servent de motifs pour les photogrammes. Au final, sur de très grands formats, un jeu de formes, rythmé, géométrique.

Le processus de création est lent et compliqué. Ce chipotage aux multiples étapes donne toute sa saveur au résultat. Un mille-feuille d'interventions, découpages, collages, retouches au pinceau... Il ne s'agit pas d'une simple proposition formelle, mais bien d'une longue alchimie dont nous pouvons admirer la dernière étape. Le papier – jauni des bandes dessinées, sensible des photogrammes –, le film – les vieux westerns, les gélatines – et la lumière sont tous les trois au centre de ce processus de transformation. Très peu d'éléments, finalement, pour dérouler une suite d'œuvres à la fois pures et graphiques, chargées d'histoires, de narration, de leur passé et de références culturelles populaires auxquelles tout le monde peut se reconnecter. C'est ce qui fait leur force et leur charme.
Sébastien Bonin
Kledze Hatal
D+T Project Gallery
Du jeudi au samedi de 12h à 18h30
Jusqu'au 5 mai
4 rue du Bosquet
1060 Bruxelles
http://www.dt-project.com/











Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.