Coco Fronsac à L'Œil

Muriel de Crayencour
30 juin 2016
La galerie Le L'Œil vient d'ouvrir ses portes dans le petit village de Tanlay, sur la place du château, l’un des plus beaux spécimens de l’architecture de la Renaissance en Bourgogne. Ouvert par Ulysse Bonfanti, éditeur (La Maison d'à côté) et réalisateur de documentaires avec son épouse Marie, ce petit espace accueille l'artiste française Coco Fronsac. A l'étage, de très belles photographies et une sélection d'œuvres d'art moderne et contemporain. Ce nouveau lieu veut profiter du flot de touristes et des nombreux Belges qui passent par ici pour visiter le château ou s'installer dans ce charmant village.

Coco Fronsac est une chineuse, une récupératrice, une transformeuse. Coco Fronsac aime les arts primitifs, l'art populaire et religieux, les fonds marins. Elle adore l'entomologie, la botanique. Mais surtout, Fronsac aime les vieilles photographies qu'elle trouve au cours de ses balades de chine.

Une vieille photo raconte une première histoire. La photo chinée est photographiée, « pour que les personnes ne disparaissent pas complètement ». Ensuite, Fronsac rehausse l'image de différentes manières. A l'acide, au feutre, à la peinture. Pour la série Chimères et merveilles à découvrir à Tanlay, l'artiste recouvre les visages de masques africains. Ainsi, chaque personnage figé dans ses plus beaux atours, se tenant bien droit, fier, sur ce cliché sépia, trace d'histoires familiales oubliées, se retrouve affublé d'un masque primitif. Les masques existent tous, puisque l'artiste puise les modèles dans des ouvrages sur l'art africain. Ce collage, ce cadavre exquis, provoque une rencontre improbable qui raconte encore une autre histoire. Comme un mille-feuille narratif, l'œuvre parle à la fois des âmes oubliées, de magie, de merveilleux, de folie, d'un peu de chamanisme.

« Le merveilleux est toujours beau, n'importe quel merveilleux est beau, il n'y a même que le merveilleux qui soit beau »...  Coco Fronsac cite André Breton, pour expliquer son goût de la transformation. « Je crée ma propre histoire, ajoute-t-elle. Cette association entre un masque et un portrait, c'est une rencontre. Après ils s'arrangent... » C'est vrai qu'ils sont bien arrangés, ces portraits à la queue leu-leu aux cimaises de la galerie ! Masqués, cachés, revus et corrigés, ils portent fièrement une nouvelle tronche, celle de l'étrange, du décalé, de la drôlerie, avec une touche de désespoir, mais toujours beaucoup d'élégance.

Coco Fronsac (1962) vit et travaille à Paris. On avait pu découvrir son travail à la Brafa 2015, mais aussi via le court-métrage réalisé dans son atelier par Yoann Stehr et Stephan Dubrana. Coco Fronsac expose au Festival du Regard de Saint-Germain-en-Laye jusqu'au 17 juillet et au Musée Hèbre de Rochefort jusqu'en décembre.
Coco Fronsac
Galerie Le L'Œil
Tanlay
France
Jusqu'au 15 août
www.cocofronsac.com













Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.