Thierry Mortiaux nous promène

Muriel de Crayencour
02 juin 2016
Nouvelle exposition Thierry Mortiaux au Salon d'Art. Ce graveur fou, qui produit ses images en cours du soir après ses journées d'enseignant, jongle avec une jouissive virtuosité entre vernis, plaque de métal et imagination. En une soirée et trois heures de temps, il réalise une gravure avec une facilité déconcertante. Tout au bonheur de créer une image.

De grasses femmes très dénudées, des hommes en longs manteaux, un cercueil, des bars, quelques verres, un piano qui sonne faux, une cafetière. Une tête de poisson cuit, une tête de marin, une chope de bière. Un village, un chien, un bateau, une pipe, une horloge. L'imaginaire de Thierry Mortiaux n'a peur de rien : ni des références aux grands artistes de l'histoire de l'art – Bosch, Ensor et autres Bruegel –, ni du patchwork d'idées et d'images qui lui vient et qu'il cueille sans complexe pour l'installer sur sa plaque de graveur, ni de l'humour, du sarcasme, de la folie.

L'image fait l'artiste, n'est ce pas ? C'est à dire qu'ici, il n'y a pas de concept, pas de prérequis, pas de pensée qui précède. C'est le papier sortant de la presse à graver, l'encre encore humide, qui transforme en artiste l'homme attelé à son travail. Avant cela, il est avant tout un faiseur, un artisan qui manie habilement ses outils. Ensuite, par la grâce d'un talent et d'une imagination lancée à toute allure, cela advient. Dans les gravures de Mortiaux, tout procède de la jouissance de réaliser une image. C'est là que naît aussi le cadeau qu'il nous fait, à nous, spectateur. Un régal d'humour, d'ironie et d'humanité.

La Pierre d'Alun, dans la Collection La Petite Pierre, publie Jean Ray, 14 rue d'or, de Henri Vernes, illustré par Thierry Mortiaux, le récit d'une rencontre littéraire, celle de Jean Ray par l'auteur des aventures de Bob Morane. Dès son adolescence, il fut ébloui par les écrits de Jean Ray. Son livre est une forme d'hommage narratif, dans lequel les gravures de Mortiaux créent des respirations évidentes. Disponible à la galerie.
Thierry Mortiaux
Barouf
Le Salon d’Art

81 rue Hôtel des Monnaies
1060 Bruxelles
Jusqu’au 16 juillet 
Du mardi au vendredi de 14h à 18h30, samedi de 9h30 à 12h et de 14h à 18h
lesalondart.skynetblogs.be/









Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.