Au Wiels, portraits urbains

Muriel de Crayencour
17 juin 2016
Tiraillées entre les rêves brisés du passé colonial et les promesses de l'avenir, les villes congolaises se cherchent un nouveau visage. Les grands dinosaures de béton des années 1950 sont en morceaux. Ces ruines modernes – entités fantomatiques – parsèment les villes. Autour et dedans, les Congolais tentent d'inventer et de recréer tant un tissu urbain que social.

C'est ce sujet de l'architecture comme visage d'une réalité sociale qui est interrogé par le photographe Sammy Baloji et l'anthropologue Filip De Boeck dans l'exposition Urban Now: City Life in Congo à voir au Wiels. Comment font les habitants pour combler les trous laissés par le colonialisme ? Du plein – prise en charge, infantilisation d'avant l'Indépendance – à la désertion débrouillez-vous d'après, comment faire ce passage ?

Baloji et De Boeck ont tenté d'observer et de comprendre quelles nouvelles formes de vie collective émergent, comment les trous peuvent même être illuminés de l'intérieur. Escaliers de béton qui ne mènent nulle part, immenses affiches représentant une ville idéale, chancres de béton, routes défoncées sont le commun des citoyens congolais, qui sont la plupart du temps d'une extrême créativité, surmontant, suturant les plaies de leur ville.

Au travers d'une belle série de grandes photographies et huit thèmes, on parcourt des lieux tels que l'immeuble OCPT (Office Congolais des Postes et télécommunications), à l'est de Kinshasa, qui fut construit au milieu des années 1950. Il héberge aujourd'hui plusieurs familles et pas moins de 300 personnes. En effet, le Ministère des Télécommunications a permis à certains de ses employés d'emménager dans l'immeuble en guise d'avance sur leurs salaires impayés ou de pension.

Ajoutons-y la vidéo The Tower: A Concrete Utopia, où l'on suit le Docteur qui vous fait visiter une ahurissante tour de Babel de béton et d'acier qu'il a construite cahin caha à Limete, une des communes de Kinshasa. Sa silhouette en forme de gâteau de fête vascillant déchire le ciel de la ville et est une extraordinaire métaphore de l'urbanisation artisanale de la ville. On rit beaucoup en regardant ce court film, à la fois œuvre et documentaire.

L'exposition est organisée dans le cadre du Summer of Photography (Biennale de la photographie contemporaine 2016), qui a démarré officiellement ce jeudi 16 juin à Bozar et dans 25 autres lieux, dont Le Botanique et le Musée Art & Marges. Nous en reparlerons.
Sammy Baloji & Filip De Boeck
Urban Now: City Life in Congo
Wiels
354 avenue Van Volxem
1190 Bruxelles
Jusqu’au 14 août
Du mardi au dimanche de 11h à 18h
www.wiels.org













Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.