Quatre mois à Faenza

Muriel de Crayencour
15 novembre 2016
C'est le dernier mois de résidence d'artiste en Italie pour Emma Hart, la lauréate 2015 du Max Mara Prize for Women organisé par The Whitechapel Gallery à Londres et la Collezione Maramotti à Reggio Emilia. Six mois que la jeune artiste britannique aura passés entre Milan, Rome et Faenza.

Faenza, située dans la province de Ravenne en Émilie-Romagne, dans le nord-est de l'Italie, est un centre important pour la céramique. S'y trouve le Museo Internazionale della Ceramiche (MIC) dont les collections, riches de plus de 60 000 pièces, vont de 3000 ans av. J.-C. à aujourd'hui. Le MIC est aux commandes de la biennale Argillà Italia, événement international durant lequel toute la ville est envahie de passionnés de la céramique, et de l'International Competition of Contemporary Ceramic Art, courue par les grands céramistes internationaux. Ils laissent d'ailleurs l'œuvre qui a gagné dans les collections du musée.

A la Renaissance, plus de 120 villes italiennes produisaient la céramique. En effet, de l'argile dans le sous-sol et du bois à brûler suffisent pour créer des ateliers. Faenza était importante, puisqu'elle se trouvait sur la route de Rome et entre le nord et le sud. La ville pouvait vendre ses productions à Florence, Rome et Venise. A partir de la fin du XIXe siècle, la céramique acquiert un nouveau statut, elle ne sert plus uniquement à réaliser des objets utilitaires. Elle est utilisée par les artistes pour de la sculpture.

Aujourd'hui, dans toutes les régions d'Italie, les réserves d'argile en sous-sol sont presque épuisées. Mais les artisans et céramistes savent utiliser des terres de différents endroits dans le monde, pour varier les effets. C'est peu dire que la céramique est un médium apprécié par les artistes actuels. Emma Hart nous expliquait il y a quelques mois pourquoi elle aimait ce médium. A Faenza, elle a eu l'occasion de travailler en résidence dans les ateliers du Museo Carlo Zauli et de rencontrer des artisans qui travaillent depuis plusieurs générations dans leur atelier.

Emma Hart, d'abord photographe et vidéaste, a commencé à travailler la terre en 2012, enchantée de découvrir cette matière qu'elle peut toucher et modeler au gré de ses envies. Aujourd'hui, ses œuvres et installations mêlent céramique, vidéo et photographie. Ses thèmes de prédilection sont les relations familiales et ce qu'elles ont de systémique. A Milan, elle a passé deux mois en contact avec la clinique Mara Selvini Palazzoli. Selvini Pallazzoli () est une psychiatre italienne, fondatrice en 1971 avec Gianfranco Cecchin, Luigi Boscolo et Giuliana Prata du mouvement de thérapie familiale systémique appelé l'Approche de Milan. Emma Hart a pu y étudier, mais aussi expérimenter, avec son compagnon et sa petite fille de trois ans, les techniques de thérapie familiale mises au point par la psychiatre. « C'est uniquement les relations qui sont malades, c'est à dire l'espace entre deux personnes », disait cette grande dame.

A Faenza durant quatre mois, Emma Hart s'est rendue à l'atelier tous les jours, travaillant à une grande installation qui sera exposée en juin 2017 à la Collezione Maramotti. « J'ai appris qu'au XVIe siècle, les jeunes mariés recevaient un plat en céramique, qui illustrait et représentait leur nouveau lien. J'aime l'idée qu'un simple objet représente cela. Faenza est une petite ville mais elle est riche en expertise », expliquait-elle. La jeune artiste britannique a aussi eu l'occasion de visiter plusieurs ateliers, dont la Bottega Gatti qui travaille autant des objets classiques que des commandes avec des artistes contemporains, la Bottega Vignoli où deux sœurs perpétuent la tradition familiale et se sont spécialisées dans des motifs décoratifs contemporains d'une grande beauté ou la Bottega La Vecchia, atelier à la production traditionnelle.









Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.