Gérard Stricher, moments d’abstraction

Astrid Jansen
24 novembre 2016
La MM Gallery ne le cache pas, elle est attirée par ce qui est coloré et abstrait, un peu comme les papillons se posent sur la lumière. Son exposition de Gérard Stricher – la première en solo – le démontre encore une fois.

À bien y regarder, les peintures de Gérard Stricher ne sont pas seulement abstraites. Après un pas en arrière, on y voit des figures. Pour certains, c’est immédiat, pour d’autres, il faut 2 mètres et 3 minutes. Le travail du peintre est surprenant en ce sens. Certaines de ses créations sont même des paysages expressionnistes et parfois, sans le vouloir, il se rapproche d’un grand nom comme Van Gogh. Partie par partie, par successions de couches aussi, ses mouvements d’abstraction forment l’expression et ce sans jamais basculer dans le réalisme. Là où Gérard Stricher trompe totalement l’abstraction, c’est qu’il donne à ses tableaux un titre toujours très précis, comme Le joueur d’échec. Il faut alors s’amuser à regarder l’œuvre avant son nom.

L’univers de Gérard Stricher – peintre à succès en Allemagne – est particulièrement dynamique. Si ses peintures peuvent paraître agressives, elles dégagent surtout une énergie provocatrice adoucie par la pétulance des tons. En effet, face à la Tête de guerrier, nous pouvons décider d’y voir un masque de guerre mais aussi un masque joyeux de carnaval, grâce aux couleurs qui contrebalancent les gestes tempétueux de l’artiste.

Ce dynamisme, cette énergie, d’où viennent-ils ? Réponse évidente : Gérard Stricher, à 68 ans, d’une vivacité incroyable, peint un tableau en une ou deux après-midi. C’est presque de l’action painting. Pour la petite histoire, l'artiste a suivi des cours de peinture alors qu’il avait une vingtaine d’années. Il fut d’ailleurs remarqué par son professeur. Mais par prudence, sous la pression sociale et familiale, il étudia l’ingénierie et mena une longue carrière de capitaine d’industrie en France ; sans pour autant cesser de peindre, son atelier contient d’ailleurs des centaines de toiles. C’est vers 2007 seulement qu’il reprit la peinture de manière professionnelle. Depuis, il crée sans relâche, comme pour rattraper le temps passé. À l’époque, son professeur d’art lui avait dit : « Ingénieur ou peintre, quoi que tu fasses, tu mourras peintre. »
Gérard Stricher
Du rêve à la réalité
MM Gallery
68 place du Jeu de Balle
1000 Bruxelles
Jusqu’au 27 novembre
Du vendredi au dimanche de 11h à 17h
www.mmgallery.be





Astrid Jansen

journaliste

Licenciée en journalisme de l’IHECS et titulaire d’un master en science politique de l’ULB, Astrid Jansen s'est spécialisée dans le cinéma et le monde culturel belge. Depuis 2012, elle écrit pour le journal L’Avenir et collabore régulièrement avec la radio publique La Première, le magazine culturel Mu-in the city ainsi que la revue française Les Fiches du Cinéma. Outre ces missions régulières, elle dit rarement non aux propositions qui peuvent enrichir son parcours, tels que des jurys (BIFFF, Toronto, Anima…) et autres missions culturelles ponctuelles.