Maïlys Seydoux, puzzle

Muriel de Crayencour
17 novembre 2016
Première exposition solo pour la peintre française Maïlys Seydoux à la Galerie Fred Lanzenberg à Bruxelles. De grandes toiles verticales reprenant systématiquement la silhouette de l'artiste, à la fois présente et invisible, dans une palette de tons moelleux, où le beige doré de la chair illumine le gris du verre et des miroirs.

On pourrait croire que c'est l'artiste elle-même qui est au centre de ses toiles. Il n'en est rien. Ce qui est au centre, tant de l'image que du processus créatif, c'est le reflet. Utilisant des miroirs qu'elle place devant elle ou à l'horizontale, Maïlys Seydoux compose une image morcelée, elle y voit son reflet, qu'elle peint ensuite. Il n'y a pas de visage. A chaque fois, le visage est masqué par la composition ou par des éclats de verre et de miroir.

Voici deux mains fines posées sur un miroir. Elles sont donc soudainement quatre. Voici un buste de femme, reflété dans un miroir, donnant l'image d'une carte à jouer. C'est une double reine. Toujours sans visage. Voici deux yeux, séparés, qu'on aperçoit chacun sur un morceau de miroir. Voici mille bris de verre, chacun reprenant un lambeau de silhouette. Le reflet est multiple. L'image qu'il génère aussi. « Je cherche à me donner visage, à me donner une identité, dit cette artiste formée aux Arts décoratifs. La peinture, c'est la prolongation de la psychanalyse. La peinture est catharsis. Je démonte pour remonter, je morcelle pour reconstruire. Je désosse pour comprendre ce que ça veut dire. Je morcelle mon identité pour la comprendre et lui donner corps, car je n'ai pas d'image de moi-même », ajoute-elle.

Alors, oui, chez Seydoux la colonne vertébrale est absente. Pensons par contraste à la Colonne brisée de Frida Kahlo, bien présente. Nous ne voyons ici que le reflet souvent flou, transformé par la pâte de la peinture, adouci, craintif, en morceaux. Peut-être est-ce une invitation faite à nous, spectateur, celle de refaire le puzzle, d'aider l'artiste à prendre visage. Très beau.
Maïlys Seydoux
Eclats
Galerie Fred Lanzenberg
9 avenue des Klauwaerts
1050 Bruxelles
Jusqu'au 10 décembre
Du mardi au vendredi de 14h à 19h, samedi de 10h à 19h
http://galeriefredlanzenberg.be/





 







Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.