Alejandra Hernández, portraits

Muriel de Crayencour
22 juin 2017
Pour la dernière exposition d'Island dans l'espace de la rue Van Eyck, voici les peintures et monotypes d'Alejandra Hernández, une artiste colombienne qui a terminé fin 2016 une résidence à HISK, Gand.

Portraits et autoportraits sont le miel de cette jeune artiste née en 1989. Sur toile, sur papier ou sur panneau récupéré - là, la porte d'une armoire de cuisine -, elle déploie une palette pop et joyeuse, faite de contrastes assumés et d'aplats presque naïfs. Chaque œuvre est comme une petite scène de théâtre, un arrêt sur image. Ici, à ne pas manquer, ses remarquables monotypes que l'artiste peint sur verre avant de presser d'un geste vif la plaque de verre sur papier. La matière de la peinture est devenue plus légère, transparente, les traits ont perdu un peu de leur épaisseur. Voici un homme nu, assis et lisant. Il porte une barbe blonde. Là, une jeune femme, nue elle aussi, est assise dans un grand fauteuil en osier. A ses côtés, une table basse, quelques bibelots, un lit, une bouteille d'eau posée sur le sol. La matière de la peau trouve sa transparence dans la technique du monotype qui à la fois affine le trait de peinture et le rend plus tourmenté. Le geste de la main est lui aussi rendu plus visible.

Tout le charme des propositions d'Alejandra Hernández vient du décalage entre le fait de réaliser un portrait, genre on ne peut plus classique, et les personnages et objets plus qu'actuels qu'elle choisit de représenter. Plus loin, sur une porte d'armoire de cuisine, le buste nu d'une femme aux cheveux noirs coupés au carré. Yeux verts, bouche sensuelle, un pull jaune canari jeté sur les épaules, elle est gracile, le regard dans le vague et si contemporaine, tellement d'aujourd'hui !

Sur le site de l'artiste, on découvre d'autres portraits, pop, modernes, intenses, dans la veine de ceux de la formidable Alice Neel, qu'on avait découvert chez Hufkens.
Alejandra Hernández
People in the room
Island
54 rue Van Eyck
1000 Bruxelles
Jusqu'au 30 juin
Du jeudi au samedi de 14h à 18h
http://islandisland.be/

 









Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.