Plongée symboliste à Namur

Muriel de Crayencour
08 juillet 2017
Au musée Félicien Rops, à Namur, Sortilège de l'eau présente les symbolistes suisses qui travaillent dès les années 1880. Une immersion aquatique rafraîchissante pour le cœur et l'âme et une parfaite destination d'excursion.

L'eau est notre élément originel à tous. Fluide, mouvante, elle porte en elle quantité de symboles et d'évocations, allant de la naissance à la renaissance, du ruisseau à la mer, de la pluie à l'orage lorsqu'elle se mélange avec le feu. Ce plein de signifiant ne pouvait que séduire les symbolistes. A la fin du 19e siècle, dans un climat de profonds bouleversements, le symbolisme se développe en Europe en réaction au matérialisme, au positivisme et au réalisme en art. La nature et ses éléments sont pour les symbolistes une source d'inspiration inépuisable.

En Suisse, des artistes comme Ferdinand Hodler (1853-1918) ou Félix Vallotton (1865-1925) participent à des salons artistiques à Paris. De nombreux symbolistes helvètes suivent une voie très personnelle mêlant apport régional et influence européenne. Le Musée Rops ayant prêté il y a quelques mois des œuvres de Félicien Rops à la Fondation Pierre Arnaud, dans le Valais, a pu organiser avec celle-ci l'exposition à découvrir tout l'été à Namur.

Commençons par une petite toile de Vallotton, Petite figure nue de dos, d'une gracieuse simplicité, qui sert d'image emblématique de l'exposition. L'eau y est un rectangle bleu nuit, dans le bas du tableau. Devant, la silhouette d'une jeune femme, gracile, laisse entrevoir les plaisirs d'une baignade secrète, faite nue peut-être derrière un rideau de pins parasols. Plus loin, une huile sur carton, La Source, toujours de Félix Vallotton, présentant une femme nue couchée sur une terre brune. Pour Ferdinand Hodler, La Source est aussi une femme, dans cette grande toile montrant une longue femme nue les bras croisés sur la poitrine, dans un paysage de verdure et de roches.

L'eau, en plus d'être l'élément originel, est un support à l'imagination et au rêve. L'océan est lui aussi une métaphore forte, support à la psyché, et les symbolistes y plongent avec bonheur. Ainsi James Vibert, avec une céramique, Naïade, ou Auguste de Niederhäusern, dit Rodo, considéré comme le Rodin suisse, avec La Vague, aux formes proches de celles modelées par le grand maître français. Albert Trachsel, avec La Vague, tout à fait onirique, ou L'Île aux fleurs, sorte de continent rêvé visible à l'horizon, sous un arc-en ciel aux couleurs pastel. Sérénité est une somptueuse vue sur la mer entre deux terres, sans doute dans la lumière du soleil levant, d'Auguste Baud-Bovy.

Point d'orgue de la visite, le diptyque d'Albert Schmidt, Réflexion et Contemplation, avec à gauche un groupe de trois personnes jeunes et, à droite, peut-être les mêmes, plus âgées. A l'horizon, un fleuve long et clair, symbolisant le temps qui passe et ne revient pas. L'eau est mouvante, toujours, elle s'écoule de la source à la mer, emportant avec elle les rêveries des peintres helvètes. Une exposition à ne pas manquer.
Sortilèges de l'eau
Musée Félicien Rops
12 rue Fumal
5000 Namur
Jusqu'au 24 septembre
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Ouvert les lundis en juillet et août
www.museerops.be/









Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.