Christo et Jeanne-Claude, empaquetages

Elisabeth Martin
04 novembre 2017
Pendant des années, Christo et Jeanne-Claude ont vogué de ville en ville, drapé et habillé bâtiments, monuments et lieux publics à forte valeur symbolique. Ils témoignent d'une même volonté, d'un même bonheur plastique. Un langage ambitieux longuement forgé, mûri jusqu'à le rendre emblématique, unique. D'une liberté poétique totale. L'ING Art Center a choisi d'exposer les projets citadins de ce tandem mythique. 

Quelques jalons. Né en 1935 dans une petite ville bulgare, Christo Vladimirov Javacheff grandit dans un milieu intellectuel et artistique. Sa mère l'encourage à suivre des cours de dessin et de peinture dès l'âge de 6 ans. Il se forme à L'Académie des Beaux-Arts de Sofia, dont le programme est centré sur le Réalisme socialiste soviétique.  Après un passage par Prague puis Vienne, où il étudie la sculpture, il arrive à Paris en 1958. Pour vivre, il peint des portraits sur commande et s'intègre au groupe des Nouveaux Réalistes. Il crée ses premiers Objets emballés (petites boîtes et bouteilles empaquetées) à la manière de Man Ray.  Révolté par la construction du Mur de Berlin en 1961, sans la moindre autorisation il barre la rue de Visconti par une paroi de barils de pétrole. C'est à Paris qu'il rencontre Jeanne-Claude de Quillebon, avec qui il fera désormais oeuvre et vie commune et émigrera à New York en 1964.  Parmi les créations-empaquetages réalisées, citons le Musée d'art contemporain de Chicago en 1969, une vallée du Colorado en 1970, le monument de Léonard de Vinci sur la place de la Scala à Milan (1970), le célèbre Reichstag de Berlin en 1995, The Gates en 2005 dans le Central Park à New York ou le projet parisien du Pont Neuf (1995).

L'exposition réunit exceptionnellement photos, esquisses, dessins et maquettes dont certaines issues de la collection personnelle de l'artiste. Le parcours met en avant le long processus de conception des projets ainsi que le talent de dessinateur de Christo. Si ses projets monumentaux sont poétiques et fous, la réalisation, elle, est des plus sérieuses et rigoureuses. Collective, elle mobilise des dizaines d'entreprises et des centaines d'exécutants pour assembler des milliers de mètres carrés de toile. Une organisation stupéfiante dont tous les frais sont pris en charge par Christo grâce à la vente préalable de dessins et esquisses. Tout autant organisateur que tenace négociateur, il explique du haut de ses 82 ans comment il a souvent dû batailler et surmonter les résistances locales pour obtenir les autorisations nécessaires à ses installations.

Christo et Jeanne-Claude créent l'urgence d'être vu d'autant que leurs projets sont toujours éphémères et de courte durée. L'art devient un enjeu social, une transmission au public. Chaque œuvre soulève des questionnements et révèle bâtiments et lieux à forte connotation culturelle ou sociale, telle cette peau recouvrant le Reichstag de Berlin, symbole de la réunification du pays.

Une vingtaine de projets réalisés, trente-huit non exécutés, précise Christo. Ils révèlent tous une belle continuité dans la recherche d'un art in situ depuis cette première barricade de bidons dressée en 1962. Des objets architecturaux éphémères comme des rêves. Mais qu'y a-t-il de plus fugace et de plus éternel à la fois qu'un rêve ? Une remarquable exposition.
Christo and Jean-Claude, Urban Projects
ING Art Center
6 rue Royale
1000 Bruxelles
Jusqu'au 25 février 2018
Du mardi au dimanche de 10h à 18h











 

 

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Elisabeth Martin

Rédactrice

Traductrice puis pédagogue de formation, depuis toujours sensible à ce vaste continent qu’est l’art. Elle poursuit des études de sociologie et d’histoire de l’art avant de relever le défi de dire avec des mots ce que les artistes disent sans mots. Une tâche d’interprète en somme entre deux langages distincts. Partager le frisson artistique et transmettre l’expérience esthétique et cet autre rapport au monde avec clarté au lecteur, c’est une chance. Une sorte de mission dont elle nourrit ses textes.