L'inconscient du regardeur

Muriel de Crayencour
23 novembre 2017
Something (un)conscious à l'Irène Laub Gallery présente trois artistes qui travaillent à la marge de l’onirisme, là où se promènent le réel fragile et le rêve. Trois artistes femmes qui, avec des matériaux d’une simplicité effarante, invitent à entrer dans leur univers personnel et secret.

Gudny Rosa Ingimarsdottit (1969, Reykjavik, Islande) travaille principalement le papier. Découpé, repris, récupéré, recollé, il devient parfois sculpture, parfois recueille une phrase, un dessin, une photographie. Dans son atelier, rien ne se perd, raconte-t-elle. Un bout de phrase oublié, une longue pelure de papier trouveront un rôle à jouer dans une prochaine œuvre. Voyez cette petite phrase au crayon écrite directement sur le mur, comme un secret qui vous serait murmuré, vous qui l’avez vu, ce petit message. Voyez ce collage reprenant une forme de main répétée, formant comme une grande marguerite, elle aussi vous faisant signe.

On a déjà pu découvrir les grandes et aériennes sculptures réalisées à partir de bouteilles en plastique de Tatiana Wolska (1977, Zawiercie, Pologne) à la galerie. Ici, ses formes organiques, hybrides, mouvantes, elle les déclinent en dessin à l’encre rouge, en galet de bois recouvert de clous. Assembler des matériaux récupérés, des petits riens, pour faire survenir la poésie, la délicatesse.

DeAnna Maganias (1967, Washington D.C. , USA) crée de grandes sphères comme d’étranges planètes, posées sur le sol. Il faut se pencher et jeter un œil dans un trou sur la surface. Au creux de cette béance, une vidéo. S’y joue la tempête bleutée qui entoure Jupiter. L’infini de la Voie lactée est entré dans cette sphère. L’univers s’est retourné comme un gant, devenant infiniment petit, et présenté comme un joyau caché.

L'exposition a été commissionnée par François de Coninck. "Trois artistes, trois femmes, trois univers fort différents mais qui, à mes yeux de « lecteur » d’œuvres d’art, témoignent d’une attention singulière et, plus encore, d’une exigence à l’endroit de l’inconscient dans la mise au travail de ce qui les travaille – au creux de cette mise en forme laborieuse, méticuleuse et répétitive de l’informe qu’est la création artistique, écrit-il. (...) Ainsi, chacune de ces artistes, dans la singularité de son travail, me semble soutenir une haute exigence à l’endroit de cette part obscure de l’humain, autant que l’effort de sa répétition – et leurs œuvres l’honorent, qui savent (r)ouvrir l’inconscient du regardeur."
Something (un)conscious 
Irène Laub Gallery
8B rue de l’Abbaye
1050 Bruxelles
Jusqu'au 23 décembre
Du mardi au jeudi et le samedi de 11h à 13h et de 14h à 18h30
Le vendredi de 14h à 18h30
www.irenelaubgallery.com









 





 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.