Le dessin de presse se penche sur l'art

Vincent Baudoux
09 décembre 2017
Belgium Art Cetera, ou l’histoire de l’art belge en dessins de presse. De la préhistoire à l’art contemporain, les dessinateurs de presse se penchent sur les rouages de l’art, et recyclent les chefs-d'œuvre des musées belges pour illustrer l’actualité. A voir au BELvue museum jusqu'au 28 janvier.

Cela commence dès la préhistoire, avec Lascaux-en-Flandre où les artistes de l’époque peignent des mammouths sur les parois des grottes… qui ressemblent furieusement à l’actuel lion flamingant. Le ton est donné. Et cela se termine par la réalité la plus crue du monde contemporain où la qualité de l’oeuvre se détermine par la plus-value acquise par les investisseurs, évadés fiscaux et autres recycleurs d’argent sale. L’actualité, quelle qu’elle soit, peut se traiter à partir de n’importe quelle œuvre d’art, à condition de bien la choisir. D’autre part, pas une seule question suscitée par l’activité artistique, ancienne ou contemporaine, n’est éludée. Qu’aurait fait Rubens s’il avait connu Photoshop (Marec) ? Comment les questions linguistiques polluent l’art au Moyen Âge déjà (duBus) ? Qu’est-ce qu’un Primitif flamand (Lectrr) ? Le rapport du peintre au modèle (Cost.) ? Donald Trump et Kim Jong-un revisités par Rogier van der Weyden (Kamagurka et Herr Seele). L’état des bourses et des banques ou la parabole des aveugles selon Bruegel (Kroll et Cécile Bertrand). Charles Michel, notre actuel Premier ministre (Vadot). La sexualité (Clou). Le pop art (Cost.). Les oubliés de la guerre (Sondron), le dossier du Stade national (duBus), la malbouffe selon Bruegel et Félicien Rops (Johan et Kroll). Le délabrement de nos musées (Kanar). La pipe de Magritte, inspiratrice de quasi tous les auteurs, les moules de Marcel Broodthaers, rien ne manque, jusqu’aux plus récents, Jan Fabre (Quirit, Clou) et Wim Delvoye sous les traits de Mona Lisa (Karl) par exemple. Pas une star, une institution, un rouage de la machine artistique actuelle n’est épargné. L’art le plus contemporain et ses dérives font les choux gras de ces dessinateurs humoristes qui n’hésitent pas à poser les questions qui dérangent et sèment leur poil à gratter au gré des cimaises, loin, très loin des discours laudatifs et tortueusement révérants des parénèses habituelles.

Le texte d’introduction du catalogue rédigé par Gilles Dal est de la plus agréable lecture, parce qu’il n’hésite nullement à être dans le ton un peu potache des images. Parce qu’il est aussi scénariste de bande dessinée, l’auteur a revu l’histoire de l’art en Belgique comme un scénario de BD, humour en prime. Ce qui pousse à désirer en savoir davantage. Faisant écho à l’introduction de Gilles Dal, la scénographie se veut amicale, contrastant avec la pompe des lieux. On n’a pas du tout l’impression de se trouver dans un musée mais chez un amateur où une reproduction traînerait non encadrée, sur la cheminée, comme chez soi. L’exposition fait suite à Belgium Et Cetera présentée en ces mêmes lieux voici un an, à l’automne 2016. La galerie brugeoise thecARToonist, à la manoeuvre, a réussi à persuader la bonne vingtaine de dessinateurs de presse belges en activité, dont les stars du Nord et du Sud du pays, de fouiller dans leurs archives afin de retrouver les dessins convenant au sujet. Quand ils ont constaté une absence, ils l’ont comblée par des images inédites spécialement créées pour l’occasion. Bravo à eux. Signalons la présence de deux femmes dans ce monde réservé aux hommes (on se demande d’ailleurs pourquoi), une néerlandophone et une francophone alors que la parité linguistique n’est pas la préoccupation première des organisateurs. Malgré tout, une petite ombre au tableau, les notices du catalogue sont bilingues… néerlandais et anglais. L’éditeur - belge - aurait-il pensé que son livre se distribuerait partout dans le monde, sauf en francophonie ? Un signe des temps, là aussi.
Belgium Art Cetera
BELvue museum
7 place des Palais
1000 Bruxelles
Jusqu'au 28 janvier 2018
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
www.belvue.be















Vincent Baudoux

Journaliste

Retraité en 2011, mais pas trop. Quand le jeune étudiant passe la porte des Instituts Saint-Luc de Bruxelles en 1961, il ne se doute pas qu'il y restera jusqu'à la retraite. Entre-temps, il est chargé d’un cours de philosophie de l’art et devient responsable des cours préparatoires. Il est l’un des fondateurs de l'Ecole de Recherches graphiques (Erg) où il a dirigé la Communication visuelle. A été le correspondant bruxellois d’Angoulême, puis fondateur de 64_page, revue de récits graphiques. Commissaire d’expositions pour Seed Factory, et une des chevilles ouvrières du Press Cartoon Belgium.