Youssef Nabil, clichés sensuels

Muriel de Crayencour
07 décembre 2017
Voici la première exposition de Youssef Nabil à la Galerie Nathalie Obadia à Bruxelles. Deep Roots se veut une rétrospective de la carrière de l'artiste égyptien, depuis ses premières années (1992) à aujourd'hui.

Nous avions déjà pu voir les photographies colorisées de Youssef Nabil (1972, Le Caire) à la Villa Empain. L'artiste est passionné par le 7e art. Il a été profondément marqué par l'esthétique de l'âge d'or du cinéma égyptien des années 1940-1950. Orientalisme, paillettes et sensualité se retrouvent dans ses œuvres teintées de nostalgie.

Dès 2003, Youssef Nabil réalise des autoportraits dans les villes qu'il visite ou qu'il traverse pour d'autres raisons. Ces photographies noir et blanc sont ensuite mises en couleur à l'aquarelle, au crayon ou à l'huile. On y voit l'artiste, toujours de dos, dans un paysage très épuré. Louxor, Hawaii, Essaouira, Paris, Los Angeles... quels que soient la ville ou le lieu, la nature est omniprésente, entourant une silhouette solitaire en longue djellaba. Devant la vaste étendue bleue du Nil, entre d'immenses arbres, ou les colonnes du temple de Louxor, Nabil s'est installé, posé là, humain dont les pensées semblent s'être arrêtées dans la contemplation de ce qui l'entoure. "Il s'agit d'un journal intime, nous expliquait l'artiste. C'est un moment émotionnel et intime, pas une carte postale."

D'autres œuvres reprennent les personnages récurrents du cinéma oriental : le pacha, dans Lonely Pasha, Cairo 2002, le regard mélancolique, tenant d'une main une rose rouge sang. La danseuse dénudée, avec Natacha Atlas, Cairo 2000, portant un costume décolleté richement brodé de perles et fils dorés. Ou encore la jeune femme solitaire et éplorée aux yeux tristes qui vous fixent, avec Amani, Cairo 1993, portant robe noire et étole rouge.

C'est en autodidacte que Youssef Nabil se lance dans la photographie en 1992. Ses premières images sont en noir et blanc, puis, dès 1995, il les met en couleur en peignant à la main, comme le faisaient les anciens coloristes des films Technicolor. Un savoir-faire qu'il apprend d'ailleurs chez ces coloristes encore actifs dans les studios du Caire et d'Alexandrie.

C'est un érotisme délicat et suranné qui émane de ses images. Nourrissant - sans doute involontairement - nos fantasmes européens sur la sensualité orientale. Pour l'artiste, c'est peut-être une métaphore nostalgique de l'Egypte perdue. On y voit aussi le velouté, le grain et la chaleur douce d'une sexualité heureuse qui pourrait être universelle. C'est aussi par ces promesses de délices que ses images nous touchent.
Youssef Nabil
Deep Roots
Galerie Nathalie Obadia
8 rue Charles Decoster
1050 Bruxelles
Jusqu'au 23 décembre
Du mardi au vendredi de 10h à 18h00, samedi de 12h à 18h
www.nathalieobadia.com













Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.