Sophie Whettnall, le geste de créer

Muriel de Crayencour
26 avril 2018
Sophie Whettnall présente un nouveau travail à la galerie Michel Rein. L'artiste a investi tout l'espace pour créer une grande œuvre immersive. Longueur d’ondes est une proposition de l’artiste belge fascinée par le paysage. Le paysage que l'on peut voir de nos yeux mais aussi le paysage mental qui habite nos pensées. Sur le sol et les murs de la galerie, une grande ombre. Entrez dans la galerie et sentez-vous comme sous une canopée, un après-midi ensoleillé en balade. Douceur et béatitude.

Whettnall (Bruxelles, 1973) a présenté une grande ombre lors de la Biennale Ô les beaux jours à Louvain-la-Neuve fin 2017, ainsi que dans l’exposition Comme si de rien n’était, commissionnée par Michel Van Dyck en septembre et octobre 2016 dans les jardins du Musée Van Buuren à Uccle.

J’essaie souvent de ramener la nature dans l’espace d’exposition ou dans la ville. J'ai créé au pistolet une grande ombre – motifs végétaux ou de camouflage, je ne voulais pas que ce soit trop descriptif – sur le sol et les murs de la galerie. L'installation est visible de la rue. Cette grande ombre parle de forêts, de paysages mais aussi de mémoire, d’inconscient. Je montre aussi un nouveau travail de papiers déchirés qui fait suite à mes dessins automatiques de montagne. J’ai travaillé une année et demie sur un film à propos de la transmission. J’y ai filmé ma mère et ma fille. Il s’agissait de montrer ce qu’on transmet, ce qu’on est conscient ou inconscient de transmettre. Cela a été une année éprouvante et je désirais revenir au geste. Pour les papiers déchirés, il s’agit d’être présent à ce qu’on fait, de respiration, de concentration. Le geste est important, le moment, l’instantané. Je comprends aujourd’hui que ce travail a un rapport à la performance et même à l’action painting.

De fait, ses papiers déchirés tracent des monts et des vallées, en des propositions mono- ou bichromes : blanc sur blanc, blanc et jaune profond... Les paysages ainsi formés sont picotés patiemment - comme précédemment pour ses boîtes Drilling for light ou ses grands papiers troués posés contre des fenêtres. Chaque petit trou forme un petit relief, trace et marque du geste posé plus ou moins vigoureusement - bien sûr Fontana fut le premier et on retrouve cette surface plane qui devient sculpture. A voir sans tarder !
Sophie Whettnall
Longueur d'ondes
Galerie Michel Rein
51A rue Washington
1050 Bruxelles
Jusqu'au 26 mai
Du mercredi au samedi de 10h à 18h
http://michelrein.com/

 









Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.