Plongée dans l’imagerie de la contre-culture

Thibaut Wauthion
19 mai 2018
Mai 68, guerre du Vietnam, droit des minorités, féminisme, écologie… Autant de thèmes que l’on peut découvrir dans l’exposition Get up Stand up qui vient de s'ouvrir au MIMA à travers plus de 400 affiches produites entre 1968 et 1973.

La sélection des affiches retrace la plupart des vagues de contestation de la fin des années 1960 et du début des années 1970. Chaque lutte se cristallise dans une esthétique propre et dans un ton particulier. La violence des affiches françaises de Mai 68 laisse place aux formes et couleurs acidulées des images psychédéliques du mouvement Peace and Love. Le choc des couleurs mis en avant par les Black Panthers rencontre les détournements de symboles américains servant à appuyer les discours anti-guerres ou encore écologiques. Ce ne sont que quelques exemples parmi un vaste panorama qui couvre 30 pays répartis sur les 5 continents.


Une technique au service de la contestation

Dans le courant du mois de mai 68, des centaines d’affiches sont placardées dans les rues de France. C’est une première à cette échelle. Jusqu’alors, ce médium représente l’instrument du pouvoir par excellence, réservé aux partis politiques et aux gouvernements pour déverser leur propagande sur le peuple. En 1968, des étudiants sans grand moyens de l’Ecole Supérieure Nationale des Beaux-Arts ont vent d’une nouvelle technique utilisée aux États-Unis, notamment par Andy Warhol : la sérigraphie. Ils se réunissent alors en Atelier populaire pour mettre au point très rapidement leurs outils d’impression sérigraphique et passer à une production incessante. Ces Ateliers populaires influenceront d’autres noyaux de contestation en France, États-Unis et dans le reste du monde.

Une mosaïque de luttes


Le MIMA doit à Michael Lellouche la conception de l’exposition ainsi que le prêt des œuvres exposées. Collectionneur passionné, celui-ci a rassemblé en une vingtaine d’années plus de 1600 affiches datant des années 1968-1973. L’humour, la violence, le propos et l’originalité de ces pièces sont au cœur de cette passion et de l’exposition. Usant des mêmes codes que le placardage urbain, l’accrochage propose une vaste mosaïque d’affiches généralement rassemblées par thèmes. Le regard du visiteur peut ainsi se balader d’une image à une autre tout en se laissant interpeller par un slogan ou un motif. Le long du parcours, des vidéos permettent de se plonger dans l’ambiance de l’époque ou d’étoffer la médiation grâce à des commentaires du curateur. L’œuvre de Julio Le Parc intitulée Frappez les gradés et créée en 1969 invite le visiteur à se défouler sur toute une série de figures emblématiques de la société. Avec un policier, un juge, un professeur, un journaliste ou encore un patron dessinés sur des punching-balls, il y a de quoi se payer la tête du plus dérangeant.

Histoire et de la désobéissance civile


En plus de montrer la matérialisation des contestations d’une époque, Get up Stand up offre l’occasion d’en apprendre davantage sur le contexte et la nature de ces luttes qui restent encore d’une actualité criante. L’exposition met également en exergue une nouvelle forme de contestation apparue avec l’avènement des réseaux sociaux. A découvrir pour sa richesse, son contenu historique et son irrévérence !
Get up Stand up
MIMA- Millenium Iconoclast Museum of Art
41 quai du Hainaut
1080 Molenbeek-Saint-Jean
Jusqu'au 30 septembre
Du mercredi au dimanche de 10h à 18h
www.mimamuseum.eu 













Thibaut Wauthion

Auteur

Historien de l’art passionné par l’art moderne et contemporain, il est auteur indépendant. Toujours à l’affût de nouvelles découvertes, il prend la plume avec plaisir pour écrire sur des artistes ou des expositions. Également médiateur culturel et curateur, il a créé et géré la TW Gallery pendant deux ans avant de cofonder le collectif Party Content, tout en multipliant les expériences dans des centres d’art et musées.