Marcel Berlanger, activations

Muriel de Crayencour
02 mai 2018
Marcel Berlanger fait les beaux jours du BPS22 avec ses immenses peintures qui reprennent une bibliothèque iconographique précise. Peindre n'est pas ce qui occupe le plus cet artiste. Ce qui l'intéresse, c'est le jeu de rôles qu'il fait jouer aux images.

Reprenant son projet déposé pour la candidature, avec la commissaire Maïté Vissault, pour la Biennale de Venise en 2015, Marcel Berlanger a déployé la structure de la proposition imaginée pour le Pavillon en quatre expositions éclatées dans le temps et l’espace : quatre temps forts articulés l’un à l’autre, s’étendant sur trois ans et approfondissant chaque fois une problématique abordée régulièrement par l’artiste. Quatre expositions différentes, la première à Furnes (Emergent), puis à l'IKOB à Eupen, puis à Bruxelles chez Janssen et cette dernière, constituée à 90% de nouvelles peintures, produites spécialement pour l’occasion, au BPS22. Sous le titre Fig., l'artiste travaille un nombre restreint de motifs, ces figures attentivement sélectionnées dans son stock d'images et qu'il décline sur plusieurs formats.

Ces motifs choisis sur Internet : plantes, animaux issus de planches scientifiques, personnalités et autres stars n'ont d'autre lien entre eux que le goût et la sélection de l'artiste. Les donnant à voir, Berlanger ne tente pas de reproduire la réalité. Ni de la raconter. Il tente plutôt une sorte de résumé de sa bibliothèque d'images intimes. Bienvenue dans le cerveau de Marcel Berlanger !

Dès la première salle, les immenses peintures sur fibre de verre sont directement collées au mur. Pour réaliser ses grands motifs, l'artiste s'aide d'une trame de carreaux tracée à l'avance, qu'il laisse apparente. Vue de loin, l'image apparaît clairement. Quand on s'approche, les lignes de la mise au carreau, la trame de la fibre de verre et la matière de la peinture font disparaître l'image. La vue se brouille, le motif aussi. Ici, un paysage de rochers, là un immense serpent bleu. Finalement, peu importe le motif représenté, ce qui compte c'est cette représentation, cette offrande par l'artiste aux visiteurs de ses images qu'il a choisies. Dans la salle Pierre Dupont, on voit d'ailleurs sur de grands papiers un recensement des différents motifs : une perdrix, un serpent, une star de cinéma, des chaînes...  Passé leur beauté formelle, leur sélection dit les préoccupations symboliques, référentielles, psychologiques, affectives de Berlanger.

Passez ensuite dans la Grande Halle : une immense peinture, Plato's Cave, est suspendue de la charpente en métal et verre. Elle irradie de toute sa fonction d'image. Elle montre et en même temps détourne ce qu'elle représente. Sa taille (7 x 7 m) la transforme en un élément scénique. On dirait un grand décor de théâtre. Le fait que l'on puisse tourner autour lui donne un statut de sculpture. Bref, l'image n'est plus simplement une représentation, une figure montrée par l'artiste, mais aussi un objet qui joue de nouvelles fonctions. Cette première image trouvée sur Internet est ainsi à la fois magnifiée et essorée de ses multiples interprétations. L'œuvre n'est pas la figure que vous reconnaissez. Ce qui importe soudain, c'est comment elle s'active sous votre regard parce que vous la regardez, vous la questionnez, vous tournez autour. Et comment elle se transforme quand la lumière la traverse.

Ne manquez pas les documents ou photographies qui sont au départ du processus, aux murs de la Grande Halle, comme autant d'archives, eux-mêmes déjà retouchés de traits, maculés de taches de peinture et truffés d’annotations diverses. Berlanger archiviste activiste du monde moderne.
Marcel Berlanger
Fig.
BPS22
22 Boulevard Solvay
6000 Charleroi
Jusqu’au 27 mai
Du mardi au dimanche de 11 à 19h
www.bps22.be











Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.