Anne Desobry, fragments

Muriel de Crayencour
05 juillet 2018


Au Salon d'Art, jusqu'au 14 juillet, les peintures d'Anne Desobry sont des chocs visuels profonds et silencieux. Une palette de gris et de temps en temps un jaune vif, pour raconter une vision du monde mise à distance. Jean Marchetti expose l'artiste depuis plus de 20 ans. Un lien tissé.

"Des lieux banals, mais empreints de ce qui a pu s’y passer. Des gestes sans objet. Des chemins. Des fragments. Des hommes esseulés. Des paysages et des reflets. Peindre construit ma relation au monde," écrit Anne Desobry. A partir de pêle-mêle de photos et images glanées çà et là (presse, internet, images trouvées), l'artiste offre à notre regard les détails précis et épinglés comme des papillons de ce qui la heurte ou la touche dans ce monde qui l'entoure. Un corps effondré sur le sol, formant un petit tas, un homme, le visage caché dans une main, une cage, deux micros, le tout à l'encre diluée en une palette crayeuse de gris. Et puis soudain, une tache jaune vif. C'est une explosion, dirait-on. Fragments d'images tragiques. Morceaux d'histoires. Et pourtant mis à distance par leur représentation. Nuages de l'encre grise qui se diluent, ici et là, équilibre de la composition, chaque peinture est un mot d'une longue mélopée que l'artiste déroule comme Ariane déroula son fil dans le labyrinthe du Minotaure. Ainsi, Anne Desobry ne se perd pas. C'est son but.

"Je reste immobile. Je ne vois pas le monde. Je ne connais pas le passé. De cette irrésolution naît la rêverie d’un pays qui concentre tous mes questionnements, mon rapport au temps, à l’espace, à la noirceur, à la lumière," écrit-elle encore. A voir.
Anne Desobry
Le Salon d'Art
81 rue Hôtel des Monnaies
1060 Bruxelles
Jusqu’au 14 juillet
Du mardi au vendredi de 14h à 18h30, samedi de 9h30 à 12h et de 14h à 18h
lesalondart.skynetblogs.be











Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.