Annabelle Guetatra, cœur ouvert

Muriel de Crayencour
29 novembre 2018
Sortie de La Cambre il y a 10 ans, Annabelle Guetatra est depuis représentée par la Galerie Dys. Celle-ci présente une nouvelle exposition de la jeune artiste d’origine franco-espagnole, qui vit et travaille à Bruxelles depuis 2007. On y voit de grandes œuvres sur papier et quelques céramiques, nouveau médium auquel elle s'essaie.

La pratique au long cours du dessin rend toujours celui-ci riche de mille expérimentations. C'est le cas pour les deux nouvelles séries déployées aujourd'hui par Annabelle Guetatra, J'ai perdu la tête et Les éléphants de mer. Ses compositions mêlent crayons, pastels, papiers japonais découpés. On y voit des corps nus, de fines mains aux ongles vernis... et souvent des têtes flottant dans l'espace. Corps rose pâle qui se lient puis semblent séparés par un réseau de lignes noires. Des branches ou de petits arbres, des mains comme des éventails. C'est un érotisme doux, une sensualité aquatique et sinueuse et peut-être un peu de sauvagerie contenue qui s'en dégagent. Les propositions de l'artiste sont des pensées lentes et brûlantes, des mémoires cristallines et flottantes. Chacun peut y voir ce qu'il veut, être impressionné par les corps minces et souples, l'image que rien n'enracine, diaphane, la force des métaphores. Les papiers japonais translucides, découpés et collés, ajoutent une fine couche et de la profondeur. Derrière les corps, qu'est-ce qui est dit ? Y a-t-il un sens caché, des zones non dites qui exsudent quelque secret ? Chaque composition est riche de multiples images, vues et non visibles. C'est toute la force de celles-ci. Notre regard peut s'y perdre, avec bonheur et un tout petit peu d'appréhension. Et le Petit Poucet ne sera pas là pour nous sauver.

L'artiste a commencé à travailler la céramique, quelques délicats hochets qui ont tous trouvé preneur le jour du vernissage et un vase-chien à roulettes, du meilleur effet.
Annabelle Guetatra
J'ai perdu la tête
Galerie Dys
84 rue de l'Arbre Bénit
1050 Bruxelles
Jusqu'au 22 décembre
Jeudi et vendredi de 11h à 18h, samedi et dimanche de 1'h à 18h
www.galeriedys.com









Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.