Michel Bocart, au noir

Muriel de Crayencour
01 novembre 2018
L'ancien site du Bois du Cazier, aujourd'hui lieu de mémoire du passé minier de la région accueille de temps en temps des expositions d'art. Aujourd'hui, il fait honneur au travail de Michel Bocart, dont le matériau-source est le charbon. L'artiste présente conjointement une exposition à la Galerie Martine Ehmer à Bruxelles.

Le noir a toujours fasciné les artistes, de Soulages à Anish Kapoor, en passant par Richard Serra, Antoine Mortier  mais aussi tous les graveurs comme Franz Masereel - dont une somptueuse monographie, Frans Masereel, l'empreinte du monde, vient de sortie aux éditions Martin de Halleux. Sans parler des artistes de la préhistoire, qui utilisèrent le charbon de bois pour dessiner sur les murs des cavernes. Ce noir, qui met au monde des formes sur le blanc du support, les rend visibles mais aussi parfois les enfonce et les fait disparaitre dans une dimension mystérieuse, ce noir, Michel Bocart (né au Congo, vit et travaille à Braine-l'Alleud) l'a adopté au travers du matériau brut qui le fascine, le charbon.

Au Bois du Cazier, sur le sol, une large zone est recouverte de morceaux de charbon, dont les facettes réfléchissent la lumière. Les tableaux sont en relief, agglomérats d'éclats de charbon, masses intenses dont la singularité est mise à jour par le regard de l'artiste. D'autres tableaux jouent encore sur le noir, mais à plat. Matière si simple, extraite pour chauffer les foyers, elle est ici portée à un degré plus intense. Le charbon de Bocart raconte la puissance de la terre-mère, du minerai, des forces telluriques.

Chez Martine Ehmer, l'artiste utilise aussi la toile souple, étendard marquée par le charbon comme une blessure sur un linge. Un sang noir envahit le tissu, l'imprègne, raconte la force archaïque de la matière brute. Parfois, une peinture est ourlée d'une bande de charbon, prêt à envahir tout l'espace. D'autres toiles sont plus picturales, le bleu et le blanc jetant des notes froides en écho au noir. Sur papier, Bocart fixe des morceaux de charbon comme autant de notes en relief pour une partition qui chante. Deux expositions pour appréhender l'univers de l'artiste brabançon.
Michel Bocart
Vers le jour. Créations carbonifères
Le bois du Cazier
80 rue du Cazier
6000 Marcinelle
Jusqu'au 18 novembre
Du mardi au vendredi de 9h à 17
Samedi et dimanche de 10h à 18h
http://www.leboisducazier.be

Galerie Martine Ehmer
 200 rue Haute 
1000 Bruxelles
Jusqu'au 19 novembre
 Du jeudi au dimanche de 11h à 18 h
http://www.martineehmer.com/

 













 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.