René Daniëls, œuvre inachevée

Muriel de Crayencour
06 novembre 2018
Jusque début janvier 2019, le Wiels nous offre une remarquable rétrospective de René Daniëls, le peintre hollandais qui débute à la fin des années 1970, au moment du grand retour de la peinture. 

René Daniëls peint comme une respire. Le geste ample, la rage au ventre. Il peint dès la fin des années 1970, à sa sortie de  l'Académie Royale d'art et de design à s'Hertogenbosch, au moment du revival de la peinture. Il aborde les problèmes de son époque, inspiré par le surréalisme, la littérature mais aussi la contre-culture. D'ailleurs, en 1988, Daniëls considéré alors comme subversif, ne sera pas exposé à Bozar, comme prévu. L'exposition au Wiels retrace la carrière de l'artiste, avec des tableaux historiques dont certains restaurés spécialement pour l'exposition et encore jamais présentés au public. Une vaste et remarquable sélection de dessins complète la présentation, offrant une compréhension plus approfondie du vocabulaire de l'artiste. Aujourd'hui, alors que de nombreux artistes reviennent au médium de la peinture (un support, un pinceau, la couleur), l'œuvre de l'artiste hollandais chante une mélodie d'une extrême séduction.

Daniëls expose régulièrement dans de nombreuses manifestations internationales (Documenta 7, 1982 ; XIè Biennale de paris, 1980 ; 17è Biennale de Sao Paulo, 1983). Il est victime en 1987 d'un AVC, qui stoppe sa production. Il a recommencé à peindre sporadiquement à partir de 2007, soit 20 ans après son accident. Pourtant ses peintures sont exposées au Camden Art centre en 2010, au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia en 2011 et Van Abbemuseum en 2012. René Daniëls ne parle plus. Il a pourtant donné des indications pour la mise en place des œuvres et était présent à l'ouverture de presse, signant ses catalogues (édités par le Fonds Mercator) à la chaîne, manifestement ravi. La commissaire de l'exposition, Devrim Bayar et Dirk Snauwaert ont insisté pour que des œuvres des années 2000 à aujourd'hui soient montrées. De petit format, elles montrent que l'artiste est toujours obsédé par les mêmes thématiques.

Sa réflexion sur l'art et ses thèmes de prédilection comme le rêve, la logique du rêve ont aujourd'hui un caractère universel que notre œil capte avec gourmandise. Ici deux planètes qui tournent en orbite en une course sans fin, une métaphore de l'art et de son rapport avec le monde qui l'entoure. A partir de 1984, un motif va devenir récurrent, celui d'un espace d'exposition vu en perspective. Daniëls peint des dizaines de toiles avec cette forme qui devient abstraite, répétée sans se vider de son sens, comme une image restée sur notre rétine. C'est à travers des jeux visuels comme cette mise en abîme (la salle d'exposition dans la salle d'exposition du Wiels), mais aussi la fragmentation, le dédoublement, la stratification, l'effacement, que l'artiste nous engage dans son questionnement sur la perception, le visible et l'invisible, la réalité et la fiction.

Spray Armée (1983) est une scène de révolte estudiantine. Elle montre aussi l'acte de peindre, puisque deux personnages tiennent en main une bombe de couleur dont ils couvrent un troisième personnage, créant ainsi une large tache sur la toile.  Apollinaire (1984) présente un portrait rêvé du poète, les pieds posés sur orbite jaune vif. Het venster (La fenêtre, en néerlandais) a été retrouvé dans l'atelier de l'artiste après son hémorragie cérébrale.

L'exposition s'appréhende avec facilité, grâce à la force des images créées par Daniëls. C'est une première raison d'y aller sans tarder. La force poétique et les évocations visuelles conservent aujourd'hui une puissance qui nous emporte, qu'on ait capté ou pas les doubles sens et les messages cachés. Il fait bon se dorer l'âme et le cœur aux rayonnements de ses toiles. A ne manquer sous aucun prétexte !
René Daniëls
Fragments from an Unfinished Novel
Wiels 354 avenue Van Volxem
1190 Bruxelles
jusqu'au 6 janvier 2019
Du mardi au dimanche de 11h à 18h
www.wiels.org

 









 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.