Liliane Vertessen, grande bleue

Muriel de Crayencour
07 février 2019
Nous l'avions découverte au Musée de la Photographie de Charleroi en mai 2018. Liliane Vertessen met en scène son propre corps dans ses œuvres. C'est sa septième exposition chez Zwart Huis au Rivoli Building. Elle y présente une série sur le thème du bleu. Chanteuse, créatrice de ses propres costumes, artiste plasticienne qui longtemps s'ignora, elle travaille dans le champ de l'autoportrait.

Née en Flandres en 1952, Liliane Verstessen, utilise son corps comme premier support de sa création, comme beaucoup d'artistes femmes de sa génération. On pense à la formidable exposition Woman, The Feminist Avant-garde of the 1970s à Bozar en 2014, qui à partir de la collection Verbund AG, présentait un grand nombre d'artistes femmes. On y découvrait les photographies de ces dernières, traces ou archives de leurs performances sur ou avec leur corps. Dans les années 1970, la photographie est considéré comme un art mineur. C'est une pratique peu chère et rapide à mettre en œuvre. C'est le médium préféré de ces femmes artistes. Et c'est le même chose pour Liliane Verstessen, qui bien qu'alors isolée du monde de l'art dans la petite ville de Lommel, met en scène dès la fin des années 1960 ce qui l'habite : une puissance de vivre, une grande sensualité, le goût du costume et du travestissement. Tout cela sans aucun frein, bridée par aucune morale, sans aucune conscience de faire quelque chose d’artistique. C’était avant tout une révolte et une manière d’exprimer son énergie. « Petite, je ressentais beaucoup le besoin d’être libre. Quand tu es grande tu fais ce que tu veux. Cette énergie et ces émotions, je les montre dans mes photos, » nous expliquait-elle.

Chez Zwart Huis, une photo de l'artiste en robe bleue est enchâssée dans un encadrement en bois sculpté provenant d'une église. D'autres sont rehaussées de néons bleus. Les photographies datent de plusieurs époques. Verstessen se met en scène depuis près de 50 ans, fouillant à travers sa propre image et une iconographie liée à l'érotisme, la thématique de l'autoportrait. Un genre essentiel de l'histoire de l'art. L'expression libre qui fait sa patte, les costumes, le jeu avec les codes du porno mais aussi du je comme sujet sont des éléments essentiels d'un travail très personnel et cohérent.
Liliane Vertessen
Blue blue blue
Rivoli Building
690 chaussée de Waterloo
1180 Bruxelles
Jusqu'au 2 mars
Du jeudi au samedi de 14h à 18h
http://galeriezwarthuis.be





 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.