Gaetano Pesce, monde sensible

Muriel de Crayencour
28 mars 2019
Gaetano Pesce est un architecte et designer réputé. Son bâtiment le plus célèbre est l'Organic Building, construit en 1993 à Osaka et dont la façade est recouverte et garnie de contenants qui accueillent des plantations. Sa première exposition en Belgique, à la Galerie Nathalie Obadia, est à voir jusqu'au 6 avril.

Ce créatif italien né en 1939 à La Spezia est aussi plasticien et philosophe. C'est un bonheur de découvrir les créations  de cet artiste multiple, à la manière de ceux de la Renaissance italienne, qui se déploient dans plusieurs champs de la création. Gaetano Pesce pratique sans frein et depuis longtemps le mélange des genres et le saut des frontières entre art, arts décoratifs, design, architecture... A près de 80 ans, il n'a rien perdu du charme et de la volubilité de son style. Couleur et matières, souplesse et audace sont à l'avant de sa création.

Quand Gaetano Pesce termine ses études d'architecture à la faculté de Venise en 1965, la discipline est encore largement dominée par le style international de Le Corbusier et de Mies van der Rohe. Cette conception géométrique et froide de l'architecture, étendue aux arts décoratifs depuis les recherches fonctionnalistes du Bauhaus ne convient pas à Pesce, qui va tout faire pour s'en écarter. Il suffit de regarder son fauteuil Up5, créé en 1969 et décliné depuis en de nombreuses versions, pour comprendre l'esprit ludique et volubile de l'artiste. Avec la chaise Pratt, la résine colorée devient son matériau de prédilection, tant pour le design que pour les arts plastiques.

On peut voir dans l'exposition une bibliothèque en forme de profil, Palladio Cabinet, en résine translucide, colorée comme un bonbon. Une exceptionnelle série de vases, aussi, aux formes organiques qui discutent en toute élégance avec les fleurs et branchages qu'ils accueillent. Aux murs, toujours en résine, une série de Skins, des peintures en résine translucides, conçues comme des tableaux. Voyez Cara Madre, qui présente en son centre l'empreinte en relief d'un buste de femme et de ses deux bras enserrant le ventre. Dans chacune des propositions de ce géant italien qui s'est depuis longtemps affranchi des codes et des usages de son métier, une grande liberté, une fantaisie, une générosité.

"A mon avis, l'image doit être à l'origine de tout projet d'art, de design ou d'architecture. Deux siècles d'abstraction ont fini par tout rendre stérile. L'utilisation du carré, du rectangle, du cercle, du triangle et de leurs volumes dans l'espace provoque un profond ennui. Seuls les médiocres et les incapables continuent d'utiliser cette géométrie obsolète. (...) ", écrit-il dans son livre Réinventer le monde sensible, Abécédaire, paru dans la collection Entretiens aux Editions Buchet Chastel. Comment ne pas l'aimer !
Gaetano Pesce
Je suis content d'être ici
Galerie Nathalie Obadia
8 rue Charles Decoster
1050 Bruxelles

Jusqu’au 6 avril
Du mardi au samedi de 10h à 18h
www.nathalieobadia.com











Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.