Sortie de foire

Muriel de Crayencour
30 avril 2019
Dimanche fin d'après-midi à Tour et Taxis. Les galeristes sont fatigués. Mais beaucoup sont très contents. Une fois de plus, Art Brussels a attiré de grands collectionneurs nationaux et internationaux qui aiment cette foire dédiée aux découvertes. Sur de nombreux stands, la peinture est bien présente ainsi que la céramique, et on sent chez beaucoup d'artistes une volonté ou un besoin de retrouver une matérialité, un contact direct avec le médium. Ce qui nous repose un peu de l'art conceptuel austère, trop intellectuel et pas toujours généreux.

Art Brussels a accueilli cette année plus de 25 000 visiteurs. De nombreuses galeries avaient vendu presque l'entièreté de leur stand le premier jour. Entre autres, la galerie Patrick De Brock, qui a vendu toutes les œuvres textiles de style moderniste d'Ethan Cook, Kristof De Clercq, qui a vendu plus de 20 œuvres de Mario De Brabandère et Johan De Wit. Dans la section Discovery, Derouillon (Paris) a vu partir l'entièreté de son stand avant la fin de l'après-midi de vendredi.

La belle tapisserie de Henry Moore présentée par New Art Centre (Salisbury) a trouvé acquéreur. Une pièce significative. Les œuvres de Laure Prouvost - qui occupera le Pavillon français à la Biennale de Venise dès la semaine prochaine - sont bien parties sur le stand de Nathalie Obadia. Le solo de Jaclyn Conley chez Maruani Mercier a été entièrement acquis, lui aussi. Même chose pour le solo de Jonathan Chapline chez The Hole (New York). Nadja Vilenne a fait une très belle foire, trois grandes œuvres sont parties, dont deux achetées par des institutions importantes.

L'exposition sur le stand de la banque Belfius était une réussite, avec des œuvres sélectionnées par des personnalités belges. Chaque pièce était installée en face d'une vidéo dans laquelle la personne expliquait son choix.

Les premières impressions de quelques galeristes


Rodolphe Janssen : J'ai trouvé qu'il y avait moins d'étrangers, cette année. C'est vrai que le Gallery Weekend de Berlin s'ouvrait au même moment. Ces trois dernières années, le marché a changé, les collectionneurs recherchent plutôt des valeurs sûres. La foire est belle, j'ai vu de très beaux stands, très bien accrochés. 

Patrick Van Bellinghen, de la galerie Michel Rein : Il y a de plus en plus de foires, de collectionneurs, de galeries et d'artistes. L'offre est énorme ! Plus de 170 foires dans le monde, c'est beaucoup ! Chaque ville veut son lieu d'art. J'ai vu moins de collectionneurs étrangers cette année, mais pas mal de curateurs et directeurs de musées. Ces contacts sont importants et intéressants. Quatre jours, c'est court, mais nous avons beaucoup de travail en amont et en aval. Ce n'est pas un résultat dans l'instant. Je suis content parce que l'exposition de Sophie Whettnall va peut-être voyager. 

Renos Xippas : Pour moi, ce fut le moment de faire des rencontres personnelles avec des collectionneurs belges dont je connaissait le nom mais que je n'avais jamais rencontrés. C'était mon objectif cette année, avec l'aide d'Albert Baronian.

Antoine Laurentin, qui présentait quatre sculpteurs belges d'après-guerre : Nous avons fait un carton. Il faut dire que nous avons eu beaucoup de plaisir à monter cette exposition. C'est deux années de travail. Nous n'avions aucune idée de comment elle allait être perçue. Nous avons eu beaucoup d'intérêt,  de compliments et de ventes. Ce sont des Belges et des Européens qui ont acheté.

François Sage, de la galerie Sage : C'est ma troisième participation à Art Brussels. C'est une petite foire, mais de qualité. Les Belges sont des connaisseurs, j'ai plaisir à venir ici, même si je n'ai pas bien vendu cette année.

Weiss Falk, dans la section Invited : C'est notre première participation, nous avons fait de belles rencontres mais pas assez de ventes.

Un dernier regard


Pour terminer, voici les artistes que j'ai personnellement aimés : les toiles cousues d'Ethan Cook, chez Patrick De Brock, la belle découverte de Georg Karl Pfahler, chez QG Gallery, l'exceptionnel solo de la jeune Jenny Brosinski chez Choi & Lager, les céramiques puissantes de Bela Silva chez Spazio Nobile, le grand format du jeune Péruvien Giancarlo Scaglia chez Bernier Eliades. La belle sélection de peintures, dont Nel Aerts, chez Sofie Van de Velde, le solo planqué derrière des lamelles de plastique de Lee Guldditte Hestelund, sur le stand de la galerie Eduardo Secci : étrange sensualité. Les outils en céramique de la jeune Maika Garnica chez Marion de Cannière et les céramiques de la jeune Belge Antoinette d'Ansembourg, qu'on avait vues à l'ouverture du Gallery Weekend en septembre dans l'expo Generation Brussels. Le solo de Marcel Berlanger, chez Rodolphe Janssen. Le stand très travaillé d'OV Project, sur le thème de l'assemblage. Les aquarelles de Stephan Golrajch, en solo à la galerie Sage. Dans la section Rediscovery, les quatre sculpteurs belges d'après-guerre chez Antoine Laurentin ainsi que, chez Axel Vervoordt, l'œuvre du Japonais Tsuyoshi Maekawa. Et bien d'autres choses, petites et grandes. Une belle édition.

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.

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