La station Rolandseck

Manon Paulus
17 avril 2019
Ancienne gare devenue musée, l'Arp Museum Bahnhof Rolandseck près de Bonn, en Allemagne, nous emmène pour une balade architecturale où se mêlent harmonieusement art et espace : de la collection Haukohl à Otto Piene, en passant par Lucio Fontana et Hans Arp.

L’arrivée à la station Rolandseck est une plongée. Dans l’histoire, d’abord, puisque cette ancienne gare se niche sur les bords du Rhin, dans une région verte entourée de collines, destination prisée des industriels allemands du 19e siècle en manque de nature. Sa reconversion en centre artistique sous l’impulsion de Johannes Wasmuth, dans les années 1960, en fait également le témoin d'un bon nombre de visiteurs (Sigmar Polke, Gerhard Richter, Duke Ellington, Stephen McKenna, Oskar Kokoschka, Marcel Marceau, Günther Uecker, pour ne citer qu'eux). Reconnue comme un haut lieu culturel de la Rhénanie, la station hébergeait des expositions, résidences d’artistes, concerts ainsi que de nombreuses fêtes, dont notamment la célébration de la fin du mouvement ZERO en 1966. Une plongée dans l’art, ensuite, puisqu’elle se présente aujourd’hui comme Arp Museum et accueille plusieurs expositions temporaires par an.

L’entrée se pratique donc par les marches de l’ancienne gare, dans la première partie du musée qui s’est établi dans les anciennes salles d’attente. Au bout d’un couloir qui nous fait passer sous la voie ferrée, un escalier nous mène au cabinet d’art Rau, où l’exposition In the Light of the Medici : Baroque Art of Italy est en cours (à voir jusqu’au 8 septembre). La collection de la famille Haukohl, certainement la plus grande collection de peintures florentines baroques en dehors d’Italie, fait actuellement un tour d’Europe. Elle se dévoile à Rolandseck avec une partie de la collection Gustave Rau.

Au sortir de cette exposition, la promenade continue. Nous arpentons désormais un tunnel sombre qui semble mener dans les entrailles de la colline. Un ascenseur de verre ouvre ses portes et nous voilà acheminés vers le sommet, encerclés à l’intérieur d’une tour. Nous émergeons alors dans le nouveau bâtiment, conçu par Richard Meier (Getty Center, Musée d’art contemporain de Barcelone, etc.). La vue offre un splendide panorama sur le Rhin et les environs. C’est Wasmuth qui avait contacté Meier dans les années 1990 pour la construction du musée, et il aura fallu 17 ans à l’architecte pour terminer son projet. Le bâtiment arbore différents éléments chers à Meier : l’utilisation prédominante du blanc, l’importance de la lumière, la composition de l’espace, mais aussi la promenade architecturale qui mène le visiteur à travers une succession de vues, mises en scène.

La seconde exposition en cours (visible jusqu’au 5 janvier 2020) est consacrée à Otto Piene, cofondateur du mouvement ZERO, placé en dialogue avec Lucio Fontana, considéré comme le père spirituel du mouvement. Le dernier étage est quant à lui dédié à Hans Arp et sa première femme Sophie Taeuber-Arp, dont les œuvres ont été léguées à Wasmuth.

Si d'aventure vous vous promenez près de Cologne ou Bonn, le musée est accessible via une ligne de train toujours en activité !
Otto Piene Alchemist und Himmelsstürmer
In the Light of the Medici : Baroque Art of Italy
Arp Museum Bahnhof Rolandseck
Remagen
Allemagne
https://arpmuseum.org/

















Manon Paulus

Journaliste

Formée à l’anthropologie à l’Université libre de Bruxelles, elle s’intéresse à l’humain. L’aborder via l’art alimente sa propre compréhension. Elle aime particulièrement écrire sur les convergences que ces deux disciplines peuvent entretenir.