La Fondation Walter Leblanc

Muriel de Crayencour
14 mai 2019
Sise chaussée de Gand à Berchem-Sainte-Agathe, la Fondation Walter Leblanc occupe la dernière maison de la veuve de l’artiste, disparu tôt dans un accident de voiture. Elle est accessible au public sur rendez-vous. Nous avons visitée cette demeure et interrogé son président sur l’utilité d’une fondation.

Né à Anvers en 1932, Walter Leblanc est le fils d’un officier de marine, capitaine au long cours puis pilote sur l’Escaut, et d’une mère enseignante. Il s’inscrit, à l’insu de son père qui n’est pas d’accord avec son choix, à l’Académie des Beaux-Arts d’Anvers. Lorsque ce dernier l’apprend, il l’oblige à suivre simultanément des études de publiciste sans lui accorder le moindre soutien financier.

Après ses études, Leblanc réalise plusieurs travaux de publicité, entre autres pour l’Expo 58. La même année, il devient membre fondateur du groupe G 58 Hessenhuis, réunissant de jeunes artistes de tendances différentes qui s’insurgent contre le fait qu’aucun jeune Belge ne soit présenté à l’exposition 50 ans d’Art moderne organisée dans le cadre de l’Exposition universelle. En 1962, il organise l’expo Anti-peinture à la Hessenhuis, avec Jan Gloudemans, Francis Lauwers et Filip Tas.

Leblanc fera partie du groupe international Nouvelle Tendance et participera aux expositions du Groupe Zéro. Il est lauréat du prix de la Jeune Peinture Belge en 1964. Cette même année, il réalise ses premières intégrations architecturales. En 1967, il est lauréat de la Ve Biennale de Paris.

Il participe à la XXXVe Biennale de Venise, en 1970, dans le Pavillon belge. A partir de 1981, il travaille à la décoration de la station de métro Simonis. Celle-ci sera inaugurée par son épouse à l’été 1986. Elle a finalisé le travail de son époux à l’aide des plans et croquis de ce dernier.

En 1986, deux jours avant l’ouverture d’une exposition collective à laquelle il participe au Musée d’Art moderne de Bruxelles, l’artiste n’est pas satisfait de l’éclairage. C'est ce jour-là, lors du trajet de retour chez lui, à Silly, qu'il perd la vie dans un accident de la route.

Une fondation dans une maison privée


La dernière maison de l’épouse de Walter Leblanc est devenue le siège de la fondation, au décès de cette dernière. Au rez-de-chaussée, dans le salon, un grand canapé noir. Au mur, trois grandes œuvres Twisted Strings. Autour de la cheminée, quelques sculptures. Des livres. Une vue agréable sur le jardin. A l’étage, les bureaux et un aperçu des archives. Walter Leblanc était très organisé. Classés avec précision, les photographies de l’artiste, des catalogues... On monte encore un étage pour apercevoir les meubles qui contiennent les gravures et estampes de l’artiste, toutes rangées judicieusement dans des papiers non acides.

Géraldine Chafik est la secrétaire générale de la Fondation. Elle y travaille depuis 9 ans. Elle gère tout le quotidien de la fondation, de l’accueil des visiteurs au travail sur les archives, en passant par les contacts avec les musées et autres institutions.

Une fondation, pour quoi faire?


Le président de la fondation Walter Leblanc, Benedikt van der Vorst, et le président honoraire, Baudouin Michiels, nous expliquent pourquoi et comment cette fondation est née. L’épouse de l’artiste avait pris les devants, créant une structure qui verrait le jour au moment de son décès en 2005. Elle a établi les statuts et attribué un patrimoine à cette fondation.

Baudouin Michiels connaissait bien le couple. C’est tout naturellement qu’il en devient le président en 2005. L’objectif prioritaire de la fondation est d’accroître la notoriété de Leblanc, faire connaître son œuvre et prendre soin du stock.

La Fondation a de nombreuses missions : conserver les œuvres ; conserver, augmenter et étudier les archives (au sens large : catalogues, invitations, courriers, films, photographies...) ; créer et maintenir la relation avec les commissaires d’exposition ainsi que les musées, centres d’art, galeries internationales ; organiser les prêts ; suivre les ventes de ses œuvres sur le second marché ; animer les Amis de la Fondation ; authentifier les œuvres ; étudier son œuvre et publier.

La fondation a commencé à travailler sur un catalogue raisonné en 1989-90, qui sort en 1997. Il comprend 80 à 85 % de ses œuvres. Un premier addendum a été publié en 2011 et un second le sera cette année. Pour qu’une fondation fonctionne, quatre conditions sont nécessaires : que l’œuvre de l’artiste soit de qualité, que de bonnes décisions soient prises au sein de l’organisation, qu’elle possède des moyens financiers, que les œuvres soient réunies.

D’autres artistes ont leur fondation : Folon, Magritte, Delvaux, Marthe Donas, Antoine Mortier, Mig Quinet... La pérennité d’une œuvre dépend de sa visibilité dans les musées. Et de plus, cela accroît sa crédibilité. “Il est important de faire écrire des acteurs d’aujourd’hui sur Leblanc, pour l’inscrire dans l’histoire de l’art qui se joue actuellement”, précise Baudouin Michiels.

Néanmoins, il existe peu de partages, en Belgique ou à l’international, des savoir-faire pour faire tourner une fondation. En Europe, il y a l’Institute for Artists’ Estates, qui propose des workshops et de la consultance sur tous les aspects liés à la gestion de l'héritage d'un artiste.

Le grand arbitre dans le monde de l’art, c’est le temps. Aujourd’hui, on a très peu de doutes sur les artistes du début du XXe siècle,” conclut Baudouin Michiels.
Fondation Walter et Nicole Leblanc
1118 chaussée de Gand 1118
1082 Berchem-Sainte-Agathe
Visites sur RV
http://www.walterleblanc.org/









 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.