Thierry Mortiaux, ombres portées

Muriel de Crayencour
27 juin 2019

Revoilà Thierry Mortiaux au Salon d'Art. Celui que nous avions étiqueté le graveur fou nous redonne à voir une belle salve de gravures, jusqu'au 13 juillet. Toujours à la pointe sèche et au vernis mou, sans aucun dessin préparatoire.

Chaque gravure de Thierry Mortiaux est une petite scène de théâtre pleine de vie. Attention, même si les personnages sont souvent en costume, il s'agit plus de théâtre de rue que d'un truc à La Monnaie ! Femmes et hommes nus, certains en habit, perruqués, barbus, d'autres en robe longue. Ils se promènent dans l'image, l'un immense, l'autre très petit mais en avant-plan, chacun semblant vaquer à ses occupations sans lien avec les autres. Ici un balcon, là, un escalier d'honneur. Une scène se joue, burlesque ou dramatique. Elle arrive peut-être à sa conclusion, le rythme est effréné, on entend des cris, quelques grognements.

Un buste de femme, monolithique, est plongé dans une mare, au centre de l'image. Entourée de quelques animaux marins, elle est observée du bord par un homme en costume sombre. Son corps est comme une montagne de marbre, blanc et clair. Dans le paysage, quelques pavillons chinois.

Une foule de silhouettes traversent une place écrasée de soleil. Leurs ombres sont noires au sol. Sur un banc, un homme en perruque et manteau d'hermine rit. Est-ce un roi? Dans le coin gauche, un énorme entonnoir sert de bassin. Au fond, un large escalier mène à une porte. Les personnages qui s'y engouffrent semblent disparaitre. Peut-être sont-ils arrivés au bout du décor et derrière le vide les attend. Depuis sa dernière exposition, les compositions de Mortiaux se sont complexifiées et densifiées, les plans se sont multipliés. La foule est de plus en plus folle et Mortiaux s'amuse encore et encore. Ses gravures nous font entrer dans un univers sans échelle, où tous les plans sont permis. Mais aussi toutes les postures et toutes les grimaces. Absolument jouissif !

Thierry Mortiaux
Queue de poisson
Le Salon d’Art

81 rue Hôtel des Monnaies
1060 Bruxelles
Jusqu’au 16 juillet 
Du mardi au vendredi de 14h à 18h30
Samedi de 9h30 à 12h et de 14h à 18h

lesalondart.skynetblogs.be/

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.