Etoffes de lin et de laine

Muriel de Crayencour
26 mars 2019

Au Musée royal de Mariemont, l'exposition De lin & de laine présente un ensemble de textiles coptes du 1er millénaire. Une plongée passionnante et didactique dans les usages, les savoir-faire et les métiers liés au textile.

Depuis la nuit des temps, les femmes et les hommes couvrent leur corps. Se vêtant, ils se protègent du froid et du vent, mais ils cachent aussi leur nudité. Dans l'Ancien Testament, Adam et Eve découvrent qu'ils sont nus en croquant la pomme. Chassés du paradis, ils commencent à couvrir leur corps. Sans se référer à la Bible, on pourrait dire que les humains ont commencé à se vêtir pour se différencier du monde animal. L'habit fabriqué et ajouté au corps rend l'être humain différent des autres êtres vivants. Les femmes et les hommes deviennent les seuls êtres vivants à se parer d'objets fabriqués avec des éléments extérieurs à leur corps. Pour cela, ils s'emparent d'ailleurs des peaux et des plumes des animaux. Une suprématie s'installe. Passé sa fonction utilitaire, le vêtement est un objet hautement culturel. Il transforme celle ou celui qui le porte. Il est aussi un moyen de représenter un statut social.

 

Une donation


De lin & de laine est une exposition montée à partir de la donation de la collection du couple Fill-Trevisiol, amoureux des textiles égyptiens coptes, à la Fondation Roi Baudouin en 2015. Placée en dépôt au Musée royal de Mariemont, elle a été étudiée et valorisée au sein des collections permanentes. L'exposition à voir aujourd'hui est le résultat de ces quatre années de travail.

"Ces tissus regroupés sous l'appellation générique de textiles coptes furent réalisés en Egypte durant les périodes romaine, byzantine et islamique, globalement du 3e au 12e siècle. Si à l'origine le terme copte signifie égyptien et est employé par les Arabes pour nommer les habitants de la vallée du Nil au moment de la conquête du pays (7e siècle), il se réfère aujourd'hui à la communauté des chrétiens d'Egypte. Les textiles coptes nous emmènent donc à la rencontre des Egyptiens païens, chrétiens, juifs et musulmans", détaille l'un des commissaires de l'exposition, Arnaud Quertinmont. Les commissaires se sont attachés à montrer les humains derrière les textiles, les tisserands, les brodeurs et ceux qui portent les vêtements.

 

 

D'où viennent ces textiles ?


Comment des textiles aussi anciens arrivent-ils jusqu'à nous ? Ils viennent tous de tombes qui ont été ouvertes à la fin du 19e siècle, quand l'Occident est pris d'Egyptomanie et fouillent ces nécropoles. Dans l'Egypte du 3e siècle avant J.-C., la momification des corps n'est plus en usage. Ceux-ci sont emmaillotés dans une série de textiles. Certains richement tissés et brodés, d'autres sans qualité, servant à rembourrer la forme de l'emmaillotement. Ces linceuls ont plusieurs couches. Le mort est enterré avec sa garde-robe, qui signe son statut social. Ces textiles ont aussi pu être protégés grâce au climat sec de ces régions. On ne voit dans l'exposition que des fragments de tissus. En effet, les textiles récupérés dans les tombes sont maculés des fluides du corps du mort. On ne conserve que les parties brodées qui sont découpées.

Les Egyptiens cultivent et travaillent le lin. Les Grecs et les Romains introduiront la laine. La soie apparaît à partir du 12e siècle, introduite par les Arabes. Ce détail est un des éléments de datation des textiles, ainsi que les techniques et colorants utilisés. A part cela, les tissus sont très difficiles à dater. Les colorants sont végétaux ou animaux, comme le murex, un coquillage qui permet d'obtenir une couleur pourpre.

Il est encore aujourd'hui impossible de généraliser une provenance ou un statut social selon la qualité du fil ou l'origine de la couleur. C'est la même chose pour le décor qui s'y trouve, qu'il soit composé de nymphes, de putti, de cavaliers ou de danseurs ou qu'il soit fait de motifs géométriques. En effet, ces différents motifs traversent le temps et chaque période se les attribue, changeant la symbolique de ceux-ci. On pense d'ailleurs que certaines broderies très chères à réaliser étaient découpées et recousues sur de nouveaux vêtements.

L'exposition met en lumière les techniques de fabrication, via la présentation des différentes manières de tisser et de colorer. Vidéos et multimédias vous permettent de vous pencher sur celles-ci. On découvre aussi comment les vêtements étaient portés, via des représentations sculptées sur des stèles, ou reprises sur des mosaïques. Un métier à tisser sommaire permet aux visiteurs de tisser quelques centimètres d'étoffe.

 

 

De lin & de laine
Musée royal de Mariemont
100 chaussée de Mariemont
7140 Morlanwelz
Jusqu'au 25 mai
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
www.musee-mariemont.be

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.