Hazem Harb, l'architecture est politique

Muriel de Crayencour
06 juin 2019

Partez à la découverte de l'artiste palestinien Hazem Harb, dont plusieurs séries de collages sont présentées chez Montoro 12, rue de la Régence, jusqu'au 29 juin.

Sur les hauts murs laissés bruts de la Montoro 12 Gallery (deuxième étage du bâtiment avant du 67 rue de la Régence), les collages de Hazem Harb sont des fenêtres sur une autre réalité. En coupant, insérant et juxtaposant de vieilles photographies et des objets d'archives dans ses œuvres, il crée des compositions conceptuelles chargées de matérialiser une pensée politique et historique. La série Bauhaus as Imperialism présente d'anciennes photographies de bâtiments modernistes en Israël. Harb pense que la multiplication de ces bâtiments fut l'illustration de l'élargissement de la puissance politique d'Israël. Jouant des images, il les rehausse de collages d'aplats de couleur, cherchant à montrer, par un jeu formel, cette évolution du paysage urbain. "En 1912-1913, George Braque et Pablo Picasso ont réalisé les premiers collages picturaux. Cette technique récente de l'histoire de l'art est intimement liée à la politique. Elle s'est développée dans tous les arts, du dessin à la photographie, en passant par la littérature et la musique. Picasso avait déjà inséré des coupures de presse traitant de politique ; plus tard, les expressionnistes George Grosz, John Heratfield et Otto Dix ont érigé cette pratique en arme de guerre à part entière. De nos jours, Hazem Harb réhabilite cette pratique en cherchant à matérialiser une pensée politique et historique et en produisant des formes qui émergent et évoquent l'architecture. (...) L'utilisation du collage lui permet de construire un discours qui n'existe pas ou qui est du moins caché (...) Comment évoquer le passé d'un peuple quand on nie son existence même ? C'est la question posée par Harb", détaille Loïc Le Gall, conservateur adjoint au Centre Pompidou.

Ainsi, sans jamais montrer de silhouette humaine, l'artiste donne à voir l'envahissement de l'espace. Ces photos anciennes, parfois oubliées, resurgissent pour raconter autre chose, l'histoire revue et peut-être corrigée. On pense bien évidemment au travail de Fiona Tan, exposé actuellement au MAC's. Mais Harb va plus loin, il montre comme l'histoire peut être manipulée à des fins politiques. "J'ai la responsabilité de préserver la culture visuelle de mon pays qui se trouve aujourd'hui au stade de l'exclusion", explique l'artiste.

Au-delà de cette intense démarche conceptuelle et politique, il faut noter que le résultat formel de chaque œuvre présentée est esthétique. L'objet-œuvre est bien présent. Non pas austère et intellectuel, mais riche de sa présence matérielle et de son équilibre formel. C'est essentiel, puisqu'il s'agit là d'une porte d'entrée pour notre œil et notre conscience vers le message que l'artiste veut délivrer. Tant d'artistes conceptuels l'oublient, se perdant dans la stratosphère de leur cerveau, présentant un objet sec, sans aucun aspect matériel, dont on peut s'emparer comme on prendrait la main d'un guide !

Né en 1980 à Gaza en Palestine, Hazem Harb vit actuellement à Dubaï. Il a complété une maîtrise à l'Institut européen de Design de Rome (2009). Il a participé à l'exposition collective The Absence of Paths, dans le Pavillon tunisien lors de la Biennale de Venise de 2017, entre autres.

 

Hazem Harb
The Persistence of Memory
Montoro 12 Gallery
67 rue de la Régence
1000 Bruxelles
Jusqu'au 22 juin
Du mercredi au samedi de 14h à 18h30
www.m12gallery.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.