L'âme d'Igor Tishin

Muriel de Crayencour
20 juin 2019

C'est la troisième exposition solo du peintre biélorusse Igor Tishin chez Zedes Gallery. La Biélorussie est une terre d'artistes : Chaïm Soutine, Chagall et le sculpteur  Zadkine y sont nés. Diplômé de l’académie des Beaux-Arts de Minsk, Thisin fût d’abord formaté pour perpétuer le Réalisme Socialiste de l’Europe de l’Est du 20è siècle. Mais cela fait longtemps qu'il a lâché les amarres de la bien pensance soviétique pour enquêter du côté de la folie de l'âme slave.

Couleurs vives, trait expressionniste, Tishin peint comme il respire, une suite de propositions violentes ou burlesques : scènes au bord du rêve ou du cauchemar, instantanés au bord de la folie. C'est une âme tourmentée, inquiète, poétique, absurde, que montre l'artiste. Ici, un homme à tête de loup, en costume, tient un petit chien à la main. A l'arrière, un motif de points répétés, comme un papier peint, parfois taché d'aplats rose suave en forme de nuages, comme des pensées vagabondes. Là, un homme a posé la tête sur une table et il dort. Son crâne chauve juste à côté d'un crâne de cheval. Au loin, une montagne enneigée. Et là, un personnage, le regard brûlant, les mains fébriles, porte un masque de coq. Voir ici et là de nombreuses références au folklore slave, aux contes populaires, à Chagall et à l'avant-garde russe.

Tishin est un vrai peintre, c'est-à-dire qu'il se fout des préceptes de la peinture et des sujets qui pourraient plaire. Il peint avec violence, parce c'est vital pour lui. Et il peint pour transformer une toile barbouillée de couleurs, simple objet physique, en une œuvre. Et quand donc ce simple objet prend-il le statut d'œuvre d'art ? C'est simple, c'est quand il acquiert soudain une existence indépendante, détachée de celle de l'artiste. La peinture est aboutie, elle irradie, solitaire et se suffisant à elle-même. L'œuvre d'art est un objet qui tient tout seul dans l'espace : sans justification, ni explication, ni biographie. Elle est. Tishin fait ça très bien. Ne manquez pas d'aller à sa rencontre.

 

Igor Tishin
Zedes Art Gallery
36 rue Paul Lauters
1050 Bruxelles
Jusqu'au 29 juin
Du mercredi au vendredi de 12h à 18h, samedi de 14h à 18h
https://www.zedes-art-gallery.be/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.