Les transports poétiques de Claude Cattelain

Muriel de Crayencour
09 janvier 2020

Chez Archiraar, ne manquez pas l'intense poésie des deux installations, dans le White Cube et dans le Black Cube, de Claude Cattelain. C'est à voir jusqu'au 18 janvier.

En novembre 2018, son exposition Straight Ahead à la MAAC - Maison d'Art Actuel des Chartreux nous avait fait grand effet, avec la proposition de déambuler dans plusieurs espaces contraints par la construction de cloisons de bois. Ici, il ne s'agit plus de déambulation, mais Cattelain continue de travailler avec des matériaux bruts récupérés. Dans le White Cube d'Archiraar, il décide d'installer une longue toile imbibée de glaise liquide, fixée au mur du fond et à l'entrée, sur une poutre de bois. Il va tordre ce morceau de textile en tournant la poutre dans le sens des aiguilles d'une montre, jusqu'à obtenir un cordage très serré qui traverse l'espace telle une ligne de démarcation. Ce faisant, l'eau argileuse est essorée et tombe sur le sol, dessinant des flaques brunes. Cette torsion se fera jusqu'à la rupture. Il reste à voir, d'un côté, l'amarre de ce cordage, de l'autre, ce dernier, ramassé comme un vieux serpent, essoré, raidi par l'argile séchée. Ici s'insère un deuxième temps dans la performance. Cattelain apporte dans la galerie une série de morceaux de bois récupérés. Il les agence au sol en une forme complexe qui ressemble à un long chariot. Quand la performance devient installation, la poésie surgit ! Etonnamment, avant de poser ces planches et montants de bois au sol, l'artiste avait déjà décidé du titre de son exposition : Horse. Un cheval, celui qui tirait ce vieux chariot, dans un monde précédant la pensée créatrice, secret et poétique ?

Dans le Black Cube, nouvelle installation : une accumulation de planches de chantier posées simplement sur le mur. Mises ensemble, elles constituent une frise, brute et précaire, à hauteur d'homme. Y voir des étalons de mesure ?  Deux d'entre elles sont recouvertes de milliers de clous, rehaussées de ces pointes de métal cuivrées ou argentées, devenant peintures précieuses, comme un tableau religieux du Quattrocento, une icône russe, comme Le Baiser d'Egon Schiele ou une peinture aborigène. Comment naît la beauté, finalement ? 

Claude Cattelain est né en 1972 à Kinshasa. Il vit et travaille entre Bruxelles et Valenciennes. 

Claude Cattelain
Horse
Archiraar Gallery
31A-35A rue de la Tulipe
1050 Bruxelles
Jusqu'au 18 janvier
Du jeudi au samedi de 13h à 18h
www.archiraar.com

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.