Stephen Snoddy, fenêtres sur cour

Muriel de Crayencour
18 février 2016
Stephen Snoddy est né en Irlande du Nord en 1959. Gradué en peinture du Belfast College of Art, il laisse tomber ses pinceaux après quatre années et poursuit une carrière de directeur de plusieurs galeries importantes en Grande-Bretagne. En 2012, il reçoit des mains de sa mère un livre datant de 1981, reprenant des monotypes de ses propres œuvres... Cette redécouverte l'exalte. Il veut retrouver l'intensité qui motivait sa création d'alors. Il se relance dans la peinture.

Il présente aujourd'hui à la Roberto Polo Gallery une impressionnante série de toiles qui, toutes, interrogent l'espace et l'architecture via ce mode abstrait qu'il pratiquait déjà 35 ans avant. Jouant avec les couleurs, fraîches, puissantes, Snoddy creuse le champ de la toile, crée des perspectives, des lignes qui ouvrent vers une troisième dimension. Les formes qui structurent ses toiles sont des évocations mystérieuses : bords de mur, portes donnant sur un espace clos, fenêtres vers un lieu ensoleillé. Les lignes verticales et horizontales structurent la peinture. L'une ou l'autre diagonale évoque un lieu en retrait, invite l'œil à pénétrer dans l'image, à imaginer qu'il s'agit d'une scène de théâtre, d'un décor comprenant plusieurs niveaux.

Ainsi, derrière cette zone rouge, il semble qu'il y ait une surface cachée, évoquée par le bleu vif qui la surmonte. Là, le mauve, posé en couches transparentes crée une paroi qui masque un ailleurs à peine deviné. L'abstraction de Stephen Snoddy est en fait ... narrative. Ou cinématographique. Il s'agit de plans coupés, de vues sur cour, de voies vers un paysage. Oui, la couleur et la ligne peuvent raconter des histoires !

Dans ces toiles majestueuses, irradiantes, il y a une exaltation, aussi - sans doute la joie retrouvée de créer - un bonheur à sélectionner les couleurs, à expérimenter les agencements. On sent la pulsion créative, le plaisir de faire, d'inventer encore une autre composition, sans peur, sans tentative de faire quelque chose de complètement neuf. La couleur, la ligne. Qu'en faire. Juste ça. Et c'est magnifique.
Stephen Snoddy
Roberto Polo Gallery
8 - 12 rue Lebeau
1000 Bruxelles
Jusqu’au 13 mars
Du mardi au vendredi de 14h à 18h, samedi et dimanche de 11h à 18h
http://www.robertopologallery.com/















 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.