David Altmejd au pays des merveilles

Elisabeth Martin
17 mars 2016
Il fait toujours forte impression. Après l’exposition Le Flux montrée au Musée d’Art Moderne de Paris puis au MUDAM à Luxembourg, David Altmejd poursuit son périple européen chez Xavier Hufkens qui le défend de tout son enthousiasme. Avec L’air, l’artiste québécois montre ses plus jeunes œuvres. Elles résonnent avec la même force et la même vitalité qui le caractérisent. De toute évidence, sa sculpture est une question d’énergie. Et de dualité.

D’emblée, on découvre une œuvre troublante dans ses moindres détails. On ne sait si l’artiste évoque avec ces deux têtes inversées, celles d’un homme et d’une femme, le yin et le yang, une créature mutante ou bien l’attachement viscéral qui l’unit à sa sœur Sarah. On y reconnaît en tout cas son double attrait pour la biologie, le cinéma fantastique et la science-fiction. Il émane de cette créature hybride, presque repoussante, une émotion difficile à cerner. Dualité de l’identité ou bien métaphore de la transformation que l’artiste représente souvent dans ses loups-garous ?

Puis des miroirs. Avec Matrix, David Altmejd nous perd dans une infinie géométrie réfléchissante, un champ visuel qui nous échappe. Une œuvre scintillante qui reflète l’espace réalité, merveilleuse dans sa capacité à fragmenter les choses tel un kaléidoscope. Qui permet en même temps d’apercevoir l’autre soi. Ce temple fantastique n’en évoque pas moins un ailleurs mystérieux qui nous renvoie aux glaces et aux grands froids canadiens. Il en devient léger, presque invisible par ses jeux optiques. Les cristaux sont symboles de métamorphose et de renouveau. Ici, non plus, rien de statique.

Démiurge ou pygmalion, le sculpteur n’existe qu’à travers ses mains. Elles parlent, modèlent, forment, griffent ou noient puissamment le plâtre. Dans les silhouettes blanches d’Atmejd traversées par une rare énergie, les mains sont représentées par le moulage des mains de l’artiste. Elles frappent par leur puissance, leurs traces, la fascination à engendrer des formes dans une tension antinomique entre matière et pression créatrice. Le sculpteur semble vouloir rehausser l’intensité plutôt que le fruit de leur travail. Il s’inspire pour cela de ses lointains prédécesseurs et chacun de ses personnages immaculés, inachevés mais si expressifs, est connoté par des références à la statuaire classique. Ainsi la légendaire licorne, si présente dans le bestiaire de la sculpture romane. On sent la fascination à engendrer des formes, la dichotomie entre la force vitale et la vulnérabilité de notre enveloppe charnelle.

Né en 1974 à Montréal, David Altmejd intègre la section Arts visuels de l’Université du Québec pour étudier le dessin et la peinture. Il en ressort sculpteur en 1998. Il est aussi diplômé des Beaux-Arts de l’Université de Columbia. Il représente le Canada en 2007 à la Biennale de Venise avec l’installation The Index et participe aux Biennales du Whitney Museum en 2004 et d’Istanbul en 2003. En 2009, il est récompensé par le premier prix en art contemporain au Canada, le Sobey Award. A partir du 18 mars, il posera ses géants dans le hall des Musées royaux des Beaux-Arts à Bruxelles. Tout un programme !
David Altmejd
L’air
Galerie Xavier Hufkens

6 rue Saint-Georges
1050 Bruxelles
Jusqu’au 9 avril 
Du mardi au samedi de 11h à 18h
www.xavierhufkens.com




















 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elisabeth Martin

Rédactrice

Traductrice puis pédagogue de formation, depuis toujours sensible à ce vaste continent qu’est l’art. Elle poursuit des études de sociologie et d’histoire de l’art avant de relever le défi de dire avec des mots ce que les artistes disent sans mots. Une tâche d’interprète en somme entre deux langages distincts. Partager le frisson artistique et transmettre l’expérience esthétique et cet autre rapport au monde avec clarté au lecteur, c’est une chance. Une sorte de mission dont elle nourrit ses textes.