A Bozar, les artistes européens disent le monde

Muriel de Crayencour
24 août 2016
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les artistes des deux côtés du rideau de fer créent, expérimentent, cherchent et produisent des formes artistiques similaires, de l'art médiatique à l'action painting en passant par l'art conceptuel et sonore. Exprimer ce qui les préoccupe, mettre en lumière ce qui se vit à leur époque, c'est le rôle des artistes. Qu'ils soient d'Europe de l'Est ou de l'Ouest. En collaboration avec le Musée des Beaux-Arts Pouchkine à Moscou et le ZKM à Karlsruhe, Bozar présente une intéressante exposition chorale – Facing the Future – d'œuvres allant de 1945 à 1968.

Présentées chronologiquement, les œuvres déploient d'abord le deuil, le souvenir et les tentatives de résilience suite au traumatisme de la guerre. La palette utilisée est sombre, puis se modifie à l'approche des mouvements artistiques plus enthousiastes des années 1950. De nouveaux courants artistiques voient alors le jour, notamment ZERO, le nouveau réalisme, le pop art et l'art cinétique. La guerre froide s'est aussi déroulée dans les arts visuels. D'un côté, l'abstraction fut considérée comme l'expression de l'individualité et de l'indépendance artistique. Le réalisme socialiste représentait l'esprit collectif et le bonheur vanté de l'URSS.

Plus de 150 artistes tels que Picasso, Léger, Dubuffet, Moore, Zadkine, Klein, Christo et Beuys sont présentés en un propos cohérent. Des corps blessés ou inclinés dans la première partie de l'exposition, comme ce Falling Warrior de Henry Moore. Des couleurs vives et du plexi dans les années 1960. Plus le temps passe, plus les couleurs sont fraîches. Dans les années 1960, le groupe des Nouveaux Réalistes voit le jour. Haines, Villeglé, Rotella déchirent des affiches ; Arman collecte des objets, Christo emballe objets et bâtiments. La dernières salle présente La fin des utopies ? : les artistes ont fini de déboulonner les contraintes. La libération artistique représente la voie idéale pour l'autolibération des gens dans les autres domaines de la société. Paris est prêt pour Mai 68. La même année, le peintre Harald Metzkes réagit aux événements de Prague avec sa peinture Baigneur.

Au gré de l'évolution des formes, des imaginaires et des palettes de plusieurs générations d'artistes, c'est un portrait subtil de l'Europe, au travers de ses choix politiques et sociétaux. Une exposition riche, dans laquelle il faut se plonger. Chaque œuvre raconte un pan spécifique de cette Histoire qui se dit via les arts visuels. L'exposition est visible jusqu'au 25 septembre. Une plongée s'impose.
Facing the Future. Art in Europe 1945-68
Palais des Beaux-Arts
23 rue Ravenstein
1000 Bruxelles
Jusqu'au 25 septembre
Du mardi au dimanche de 10h à 18h, jeudi jusqu'à 21h
www.bozar.be











 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.