Pierre Ardouvin par association libre

Astrid Jansen
17 novembre 2016
On connait la mélancolie des œuvres de Pierre Ardouvin. Ce qu'évoque son travail est de l'ordre de la rêverie. Pour la première exposition personnelle du plasticien en Belgique, Yoko Uhoda lui a dédié les trois étages de sa maison. Cette maison qui est la première singularité de la galerie est justement un thème cher à l'artiste.

Les œuvres de Pierre Ardouvin ne sont pas plus structurées qu'un rêve et de ce fait stimulent l'imagination. L'adulte, désenchanté, peut y retrouver ses illusions d'enfance. L'idée d'association libre n'est pas anodine. Chacune de ses créations vient d'éléments disparates et fonctionne comme un ensemble, à commencer par ses collages mais aussi ses fameux écrans de veille. Ecran de veille : le terme vient d'abord de l'informatique mais renvoie forcément à l'état de veille et nous ramène donc, encore, au rêve. Les deux sont une fenêtre. À cet égard, La maison jaune est éloquente. Sur un même tableau, on trouve une maison et une grotte, le visible et l'invisible.

Tout, dans cette exposition, est lié à l'enfance, la maison et le rêve. Le rez-de-chaussée est cauchemardesque. Un arbre, appelé La Tempête, y trône, déraciné. Les autres pièces sont plus cosy, plusieurs tables de nuit y rappellent la maison. Dans chacune des œuvres – pourtant très différentes – il y a l’influence du surréalisme et de la psychanalyse. Les titres ont leur importance : Nuit blanche, RêverieLes pensées vigiles, Hello Darkness my old friend, etc. Les aquarelles, particulièrement, renvoient à des éléments marquants de la vie de Pierre Ardouvin (né en 1955). Comme ce poisson que lui avaient ramené ses parents et qui se débattait dans l'évier, ou cette musique de Simon and Garfunkel qu'il aime. Il y a toujours une double lecture, comme les grottes de ses écrans de veille ou encore cet arbre, La Tempête, qui rappelle celle survenue à Paris mais qui est aussi un clin d'œil à l'idée de tempête intérieure.

Le titre de l’exposition, Joyland, est emprunté au roman éponyme de Stephen King, et comme l'explique Yoko Uhoda, « il évoque la maison hantée du parc d’attraction, c’est que là aussi il est question de fantômes, de souvenirs, de rêves où le chaos et la nostalgie se disputent à l’humour et l’angoisse. » La plupart des sculptures présentées dans la galerie ont été créées expressément pour la maison Yoko Uhoda. Tous les matériaux que Pierre Ardouvin travaille y sont représentés : aquarelle, print, résine, paillette, dessin, peinture, collage, installation, sculpture, réappropriation d’images. Des objets, des idées, tous familiers, ici revisités.
Pierre Ardouvin
Joyland
Yoko Uhoda Gallery
25 rue Forgeur
4000  Liège
Jusqu'au 11 décembre

Du jeudi au dimanche de 10h à 18h
Yoko-Uhoda-Gallery.com





Astrid Jansen

journaliste

Licenciée en journalisme de l’IHECS et titulaire d’un master en science politique de l’ULB, Astrid Jansen s'est spécialisée dans le cinéma et le monde culturel belge. Depuis 2012, elle écrit pour le journal L’Avenir et collabore régulièrement avec la radio publique La Première, le magazine culturel Mu-in the city ainsi que la revue française Les Fiches du Cinéma. Outre ces missions régulières, elle dit rarement non aux propositions qui peuvent enrichir son parcours, tels que des jurys (BIFFF, Toronto, Anima…) et autres missions culturelles ponctuelles.