Pierre Buch, moments

Pierre Loze
10 novembre 2016
Né à Bruxelles en 1949, Pierre Buch photographie depuis 1965. Après des études de droit, il enseigne pendant 10 ans à l'Université de Bruxelles avant de travailler pour le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations-Unies, puis comme magistrat dans ce domaine. Il commence sa carrière photographique en 1981 et voyage dans 40 pays sur quatre continents en s'intéressant particulièrement aux paysages, à l'archéologie, à l'architecture et à l'ethnologie. Il expose aujourd'hui ses photographies à l'Association du Patrimoine artistique.

La photographie ne nous met pas devant la réalité, elle ne la montre pas, elle la commente. Elle nous parle autant de celui qui l'a regardée que de ce qu'elle semble faire voir. D'ailleurs, les premiers amateurs qui s'y sont intéressé, à la fin du XIXe siècle, étaient des peintres et ils en ont fait d'abord un usage purement artistique. En se répandant avec le portrait, la photo de reportage, de paysage, de carte postale, la photo a accrédité les idées populaires sur la capacité qu'elle aurait de nous donner un rendu objectif. C'est ainsi que l'objectif du photographe et l'objectivité ont fait un mariage illusoire et souvent trompeur. La photo, c'est simple. Il n'y a qu'à pousser sur le bouton. On pouvait aussi méconnaître tout ce qui se passait dans l'obscurité du laboratoire. Est-ce un art ?, disait-on.

Depuis quelque temps, nous sommes revenus à une compréhension moins simpliste. Et dans le même temps, les œuvres des grands photographes ont rejoint celles des peintres dans les grandes collections et ont atteint des valeurs comparables. Roland Barthes, dans son langage bien à lui, a consacré tout un livre à interroger le statut ontologique de la photographie. Il est vrai qu'elle reste un mystère. En écrivant simplement qu'elle est un médium, j'ai déjà l'impression d'en dire plus que ce qu'on peut tirer du galimatias de la sémiologie et de la philosophie. Quelle chance nous avons ! Nous vivons dans une civilisation qui hérite du paganisme gréco-romain un goût de l'image et qui, loin de condamner la représentation, l'utilise pour comprendre et interpréter le monde.

En voyant la photo de Varanasi, qu'a prise Pierre Buch, quand nous songeons à cette Inde bruyante, surpeuplée, exténuante pour le voyageur, nous y voyons d'abord son regard, sa volonté et l'énergie mentale qu'il lui a fallu avoir sur place pour saisir ce moment. Et ce moment est bien plus qu'un instantané : une durée qui suggère sa vision mentale et le silence d'une Inde éternelle. L'écrivain pourrait envier cette faculté de transmettre sans passer par les mots : cette énergie, cette capacité de distanciation, cette recherche d'expression de la quiétude, nous les retrouvons dans les autres photos que Pierre Buch a prises et dont la localisation lui importe peu. Elles constituent vraiment le propos de son art.
Pierre Buch
Association du Patrimoine artistique
7 rue Charles Hanssens
1000 Bruxelles
Jusqu'au 26 novembre
Du jeudi au samedi de 14h à 18h
Ouvert le 11 novembre
www.associationdupatrimoineartistique.be/









Pierre Loze