Richard Phillips, images de l'image

Muriel de Crayencour
15 décembre 2016
Pour sa première exposition chez Almine Rech GalleryRichard Phillips a pris d'assaut les cimaises de l'immense espace rue de l'Abbaye. Cet artiste américain y présente deux séries de peintures, l'une développée à partir de photos, l'autre autour des toiles de Cy Twombly.

Le Palais de la Civilisation italienne et le Foro Italico sont deux monuments respectivement commandités par Benito Mussolini pour l'Exposition universelle de 1942 et les Jeux Olympiques de 1944 à Rome. On y trouve de grandes sculptures néoclassiques présentant des sportifs idéalisés, images de surhommes appréciées de la sphère nazie de l'époque. Richard Phillips a photographié ces sculptures. Ces photos servent de base à son travail sur châssis. Il pose sur une toile brute un vinyle qui sera découpé suivant les circonvolutions de l'ombre et de la lumière de la photo. Ce faisant, l'image apparaît, comme dans une photo tramée ou comme derrière un store. Ainsi, l'artiste s'interroge sur le pouvoir de la représentation. Que ce cache-t-il derrière une image ? Et que se passe-t-il si on cache l'image de cette sculpture – qui est elle-même déjà une représentation – derrière le voile d'un processus visuel ? Où disparaît la représentation première ? Est-elle porteuse d'un même sens que l'image originelle ? Ou bien le sens est-il dilué ou différent ?

L'autre série de toiles prend comme point de départ des détails d'œuvres de Cy Twombly trouvés dans les catalogues d'exposition. Ainsi agrandis, ces filaments, traces, jets de couleurs prennent un aspect extrêmement énergique, laissant de côté la grande poésie et le lyrisme des œuvres originelles. L'effet devient tragique, exacerbé. Réviser et rehausser la représentation d'une chose ou d'une forme est le chemin pris par Phillips pour offrir au regard sa version personnelle et puissante. On y voit une analyse presque cynique ou au moins effarée des masses d'images qui nous entourent. Un besoin de les mettre à distance.

Richard Phillips est né en 1962 à Marblehead, Massachusetts. Artiste suivi internationalement, il est moins connu du public belge. Ses immenses peintures abordent un ensemble de thématiques autour du corps et de la représentation de la figure humaine. L'exposition chez Almine Rech Gallery est une excellente occasion de découvrir son travail puissamment graphique et coloré.
Richard Phillips
Almine Rech Gallery
20 rue de l'Abbaye
1050 Bruxelles
Jusqu'au 25 février 2017
Du mardi au samedi de 11h à 19h
www.alminerech.com















 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.