Au cœur de Papunya Tula

Muriel de Crayencour
14 juin 2018
Une nouvelle fois, la galerie Aboriginal Signature présente une exposition pleine de surprises faisant découvrir l'art des différentes régions de l'Outback australien. Les artistes de Papunya Tula sont les premiers à peindre sur toile, dès 1969, les formes qu'ils tracèrent pendant des milliers d'années sur le sable rouge du désert.

Les récentes études universitaires en Australie menées en particulier par Luke Scholes, conservateur du musée de Darwin, soulignent une naissance collective et collaborative de ce mouvement artistique. Dès 1969, de leur propre initiative, les aborigènes, dont Johnny Warangkula Tjupurrula, vont décider de cristalliser sur des supports pérennes - comme les planches en contre-plaqué des baraquements de Papunya - leurs histoires sacrées et symboliques afin de plus facilement les transmettre aux nouvelles générations. Ils utilisent de l'acrylique qui est disponible pour peindre les maisons de leur lieu de sédentarisation de Papunya. Un mouvement artistique voit le jour, avec de nouvelles impulsions et encouragements donnés ensuite par Geoffrey Bardon, qui restera juste un peu plus d'un an à Papunya. Ce démarrage collaboratif - et non pas, comme on le racontait précédemment, initié par un Blanc - est le premier acte d'un mouvement artistique et politique essentiel pour la reconnaissance des droits des aborigènes d'Australie.

Dès l'entrée de la galerie, voyez Water Dreaming, de Johnny Warangkula Tjupurrula. Cette peinture sur contreplaqué provient de la collection privée de Colin Jack-Hinton - premier directeur du Museum and Art Gallery of the Northern Territory (1970 - 1993) -, qui fit entrer 104 œuvres de 1971 de Papunya dans les collections du musée et en garda cinq pour lui, dont celle-ci. Une rareté et une merveille.

Plus loin, des peintures de Yuyuya Nampitjinpa dans des tons du blanc au rouge terre. Toujours avec ces points tracés au bâton de bois, Pregnant Woman - Rockholes de Ningura Napurrula offre une qualité vibratoire fascinante. On y voit, au centre, une forme comme un large pistil, qui peut-être représente le ventre d'une femme. Yinarupa Nangalauti offre deux toiles dans une gamme de bruns et beiges, dont la composition raconte les trous d'eau et les cérémonies secrètes organisées par les femmes autour du repas. Et pour finir, une toile de Ronnie Tjampitjinpa dont les pouvoirs incantatoires vous prennent au cœur et aux tripes. Il faut écouter Bertrand Estrangin, qui repart dans quelques semaines visiter les centres d'art aborigènes, raconter ce qu'il sait de chacune de ces toiles et des artistes. Toujours passionnant.
Transcend generations : Papunya Tula
Aboriginal Signature
101 rue Jules Besme
1081 Bruxelles 
Jusqu’au 30 juin
Du mercredi au samedi de 14h30 à 19h
http://www.aboriginalsignature.com/











Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.