Aïda Kazarian, de l'or au blanc

Muriel de Crayencour
27 juin 2019

Première exposition solo d'Aïda Kazarian chez LMNO. On y retrouve ses grandes toiles abstraites déjà montrées ici dans deux expositions collectives. A voir jusqu'au 6 juillet.

En arménien, Tcharadjidji est une réprimande familière qu'on adresse aux enfants turbulents. "C'est important pour nous les artistes d'oser être insolents, d'oser sortir des sentiers battus," raconte Aïda Kazarian à propos du titre de son solo. Sur un des murs de la galerie, encadrant la porte d'entrée, une multitude de cercles dorés, dont certains sont marqués d'une trace à la peinture blanche, collés à intervalles réguliers. Plus loin, des toiles translucides tendues sur châssis. Très grands formats au blanc laiteux, nacré, toutes petites toiles marquées d'une couleur fluo. Il s'agit de toile nautique, que l'artiste a sélectionné avec soin, pour sa transparence et son aspect légèrement irisé. Kazarian peint avec les doigts, la main, et finalement tout le corps. Tracer directement avec la main enduite de pigment, les artistes de la préhistoire le faisaient déjà. C'est un geste qui vient du fond des âges, d'une simplicité émouvante. Chez Kazarian, ce geste archaïque, répété, se fait selon plusieurs formules, doigts rassemblés, écartés, tranche de la main, ... Marquant la toile à intervalle régulier, elle trace un journal de bord, chaque petite modification de la forme étant comme le soubresaut d'une émotion secrète, indicible, souterraine. L'artiste explique que chaque tableau est inspiré d'un fait marquant dans sa vie : un deuil, un autre événement à digérer, ...

Née à Ixelles en 1952, Aïda Kazarian est d'origine arménienne. Son enfance a été marquée par le silence autour du génocide de son peuple. Elle a été pendant plus de 20 ans professeur de dessin et couleur en Humanités artistiques à l'Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles. Nous l'avions découverte dans son exposition à la Verrière Hermès en 2009.

 

Aïda Kazarian
Tcharadjidji
LMNO
31 rue de la Concorde
1050 Bruxelles
Jusqu’au 6 juillet
Du jeudi au samedi de 14h à 18h
www.lmno.be

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.