Thomas Houseago, l’homme qui sculpte

Muriel de Crayencour
18 juin 2019
L’exposition de Thomas Houseago au Musée d’Art moderne de la ville de Paris court encore un mois. Un ensemble d’une force et d’une puissance impressionnantes, qu’il serait dommage de manquer.

Almost Human retrace les différentes évolutions du travail de l’artiste, de ses œuvres des années 1990 jusqu’à ces dernières réalisations. Elle est présentée dans les salles monumentales des collections du musée, au regard des bas-reliefs d’Alfred Auguste Janniot réalisés en 1937 et en face de la structure d’acier de la tour Eiffel qu’on aperçoit au travers des grandes baies vitrées. L’eau de la Seine, les arbres, la lumière ajoutent quelques éléments à une scénographie majestueuse. Né à Leeds (Royaume-Uni) en 1972, Thomas Houseago a vécu un temps à Bruxelles, où il a été exposé chez Xavier Hufkens (2002), qui le représente encore aujourd'hui. Il file vivre à Los Angeles en 2003. Au début, il s’assure de quoi vivre en travaillant comme ouvrier sur des chantiers.

En ouverture, une grande photo noir et blanc de son atelier et, devant, une silhouette de plâtre, Soeur, longue effigie féminine, presque sacrée. La première salle accueille différentes pièces en plâtre et bois. Houseago est un sculpteur, un vrai ! A la fois très contemporain et digne descendant de Rodin ou Brancusi. La matière est là, imposante. Le plâtre fixé sur une structure en métal, le bois marqué d’un dessin préparatoire. La figure humaine est au centre de ses recherches. Voir Walking Man (1995), silhouette presque fendue en deux, ouverte et creuse, marchant d’un pas décidé... formidable écho à L’Homme qui marche de Rodin. Ou Standing Boy (2006), silhouette d’homme au bras levé comme L’Age d’airain de Rodin. L’homme pressé, qui fut montré devant le Palazzo Grassi à Venise en 2010, est exposé à l’extérieur. Même monumentales, ses sculptures conservent les vestiges de leur processus de fabrication.

Formé au Central Saint Martins College de Londres puis à De Ateliers à Amsterdam, il a compté parmi ses professeurs Marlène Dumas
et Jan Dibbets. “Quand Thomas Houseago a été pris à De Ateliers, il est apparu assez rapidement comme une évidence que nous avions affaire à un talent potentiel. Un jeune homme à l’allure furieusement enthousiaste qui, avec sa barbe et ses cheveux roux, ressemblait à une version juvénile de Van Gogh. Energie et passion s’en dégageaient. Paraissant, de par cette intensité, totalement fou, il était investi d’un grand sens de l’expérimentation et prêt à ingurgiter tout ce qui lui passait sous le nez”, écrit Jan Dibbets dans le catalogue.

Un furieux enthousiasme
Trêve de pairs et de pères, Houseago sculpte avec une liberté et une force joyeuses, loin, très loin des postures conceptuelles. Dans une autre salle, une immense sculpture, Cast Studio, occupe le centre de l’espace. C’est une estrade d’argile. Un film montre l’artiste au travail. Il jette des paquets d’argile au sol, en un monticule. Ensuite, montant sur une haute échelle, il se jette lui-même sur ce tas d’argile, sculptant la matière littéralement de tout son corps. Folie, belle folie ! Pourtant, on trouve tout le temps une architecture forte dans ses œuvres, tant pour les silhouettes de femmes et d’hommes que pour les Gates, dont on voit quelques exemples dans la salle suivante. Houseago empoigne la matière sans aucune peur, avec jubilation. Comment ne pas voir aussi l’influence de son expérience sur des chantiers de construction ?

Ne manquez pas les deux grands mood boards – ou tableaux d’inspiration –, rassemblant ses différentes sources d’inspiration, qui vont de la culture populaire aux références historiques : Hulk, Alberto Giacometti, L’Odyssée de l’espace, Orange mécanique, des masques mexicains du 19e siècle, les muraux de Sol LeWitt. Un coup de cœur !
Thomas Houseago
Almost Human
Musée d’Art moderne
Paris
Jusqu’au 15 juillet
www.mam.paris.fr



 







Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.