Abel Jallais et Jonas Moënne, OVNI

Muriel de Crayencour
31 janvier 2019

Nous avions découvert avec enthousiasme les céramiques d'Abel Jallais chez La Peau de l'Ours au Rivoli il y a quelques semaines. Le voici exposé avec Jonas Moënne chez Puls Contemporary Ceramics en un aller et retour savoureux entre deux univers.

Abel Jallais (France, 1992) conçoit des objets en grès qui ressemblent à des formes utilitaires issues de l'industrie. Et pourtant, ce sont des objets non identifiés, passés en catimini au statut d'œuvres d'art. Pourquoi continuer à produire des objets alors que notre monde en est saturé ? "Le face-à-face avec un objet inconnu m’attire, un outil étrange au fond du tiroir dont l’utilité reste à définir. L’objet devient alors une forme libre d’interprétation, générant un dialogue entre lui et l’observateur. Ma recherche autour de l’objet m’a amené à travailler avec la céramique, autant pour le matériau premier qu’elle représente par rapport aux objets que pour ses propriétés plastiques. Travailler l’argile est pour moi proche du dessin en volume," explique l'artiste. Plusieurs formes, vases ou embranchements de tuyaux d'eau, qui soudain prennent l'aspect d'un masque d'art premier. Le grès gris à la texture grumeleuse se joue parfois de votre regard, quand Jallais le peint en jaune ou orange fluo. Précautionneusement installé sur un petit support de métal, chaque ovni vit sa vie secrète d'objet mystérieux. C'est très beau.

En face, Jonas Moënne (France, 1992) raconte l'histoire de la porcelaine chinoise et... du commerce international. Prenant un paquet de tessons d'assiettes brisées, il les rassemble, les fait tenir ensemble par l'émail et une cuisson supplémentaire. On y trouve par fragments les motifs bleus typiques des chinoiseries, la silhouette d'un petit cheval en porcelaine blanche... Chaque ensemble racontant le commerce si prospère des porcelaines chinoises et la technique que l'Europe chercha longtemps à copier, pour finalement produire pour les Européens de fausses chinoiseries, légèrement remasterisées pour être au goût de ceux-ci. Dans la vitrine de la galerie, une pièce intense : une masse verte, comme du jade, en fait une série de bouteilles de bière - chinoises - cassées puis fondues par la cuisson au four. C'est avec la même technique que Moënne réalise un petit rocher au look très asiatique sur lequel est posé un bol à thé.

Si les deux jeunes artistes racontent la société d'aujourd'hui et y posent un regard critique, leur savoir-faire, la joie de la création et une poésie qui sauve sont aussi au rendez-vous. Remarquable.

 

Abel Jallais et Jonas Moënne
Puls Contemporary Ceramics
19 rue du Page
1050 Bruxelles
Jusqu'au 16 février
Du mercredi au samedi de 13h à 18h
http://www.pulsceramics.com/

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.