Aeroplastics, nouvelles manières

Muriel de Crayencour
13 septembre 2019

Aeroplastics réouvre ses portes dans la Maison Henoul, construite en 1928 par l'architecte Edouard Taelemans. On y voit sur deux étages une exposition du peintre bruxellois Georges Meurant, ainsi qu'un accrochage des artistes de la galerie, en visite privée, dans les étages.

Dans les espaces fraîchement et impeccablement rénovés de cette belle maison de style Bauhaus, les peintures de Meurant laissent éclater leur luminosité jubilatoire. Toujours sur format carré, l'artiste répète inlassablement ses successions de carrés et rectangles de couleurs vives. Ainsi, au rez, un format de 240x240 cm s'épanouit sur le mur blanc et vous attrape les yeux. Y danse la couleur, comme tissée ou patchworkée, allant du jaune au bleu vif. Une intense proposition de cet artiste né en 1948 et dont le travail a été intégré ces dernières années en étroite collaboration avec l'architecte Philippe Samyn, dans le bâtiment d'AGC Glass Europe à Louvain-la-Neuve, au lobby de la K-Tower à Courtrai, sur une tour à Zhoushan en Chine, ainsi qu'au siège principal du Conseil européen et du Conseil de l'Union européenne à Bruxelles. 

Georges Meurant se méfie de l'art contemporain. Il revendique d'être plutôt influencé par le répertoire des formes issues des arts traditionnels de l'Afrique subsaharienne, plus spécifiquement des broderies des Shoowa du Kasaï, qu'il a collectionnées. Ajoutons à cette inspiration un talent particulier à manier les couleurs pour créer des ensembles qui irradient et semblent créer de la lumière. L'aspect pixellisé du rendu n'y est sans doute pas pour rien pour piéger notre œil ! Des petits formats 30x30 cm, aussi, agréables ponctuations sur les murs blancs. Même si l'on connaît bien son travail, cela reste un bonheur de découvrir de nouvelles pièces.

Une nouvelle manière

Jérôme Jacobs a été un galeriste classique pendant plus de 27 ans, dont 18 années rue Blanche à Saint-Gilles dans un hôtel de maître au large escalier central. C'est un des premiers, en 1992, à avoir osé s'installer dans le haut de la ville, avant tout le monde. On y a vu les plus intéressantes expositions de l'époque. Jacobs aime le travail d'artistes très différents. Il construit des collectives audacieuses. Et reste toujours replié dans son bureau lors des vernissages. Pas du genre à poursuivre le collectionneur en visite ! En avril 2017, en fin de bail, il déménage la galerie et inaugure un nouveau lieu, Washington186, rue Washington, dans l'ancien séminaire Lumen Vitae. Dans cet espace de 1500 m2 qu'il occupera en y invitant des galeries étrangères amies et en y développant plusieurs concepts, il déploie The Chapel, dédiée à la vidéo, et y montre Bill Viola, Jeremy Blake, Carlos Aires. A l'étage, son épouse Garlone présente son projet Mind @ Art. Dans le jardin, sont montrées des œuvres d'Arik Levy, Elodie Antoine, Michael Johansson, Atelier Van Lieshout.

Le lieu reste ouvert 14 mois et fait courir le Tout-Bruxelles. Comme toujours, le choix des pièces présentées est excellent, mais "l'espace est si vaste que les gens s'y promènent comme dans un centre d'art, explique Jérôme Jacobs. Il y avait vraiment une mauvaise énergie dans ce lieu." Nouvelle fermeture pour la galerie, mais le travail de Jérôme Jacobs ne s'arrête pas là. Il travaille déjà depuis quelques années sur le second marché et comme consultant pour de grandes collections. Il va développer cet aspect-là de son activité.

"Je travaillais déjà sur le second marché et j'avais développé un réseau de marchands, collectionneurs, galeristes, fonds ou successions d'artistes. Il est vrai que le métier de galeriste a changé, avec l'émergence ces 15 dernières années d'énormes galeries internationales avec plusieurs lieux d'exposition partout dans le monde. Ces nouvelles galeries ont absorbé les achats de la part des grands collectionneurs. Les collectionneurs qu'on peut qualifier de moyens, le notaire, le médecin, ont moins aujourd'hui la possibilité d'acheter, les prix des œuvres ayant largement augmenté. Tout ceci est le résultat de la financiarisation du marché de l'art," explique Jacobs. Replié dans les bureaux de son large dépôt, le galeriste voyage et ramène de partout dans le monde des œuvres pour ses collectionneurs de toujours et pour les collections dont il s'occupe. "Je suis moins visible, mais je suis aujourd'hui au top de ma carrière," glisse-t-il. La Maison Henoul est une occupation temporaire et la suite n'est pas encore écrite. A suivre, donc. 

En private views

"L'exposition de Georges Meurant dure un mois et est visible par le public chaque samedi. Aux étages, nous avons installé des pièces des artistes de la galerie. Ces espaces sont visibles pour nos collectionneurs et les amis, sur rendez-vous", explique le galeriste.

On y voit, dans les couloirs et les chambres, quelques pièces spectaculaires comme ces immenses acryliques sur papier du jeune Hugo Alonso (1981, Espagne) - bustes de femmes de dos, comme perdues à elles-mêmes. Aussi de très grand format, les spectaculaires dessins à la mine de plomb de Myriam Mechita (Strasbourg, 1975). Les céramiques baroques et florissantes de Florentine & Alexandre Lamarche-Ovize. On retrouve avec plaisir les découpages illégaux - si, si - de billets de banque de Carlos Aires, le travail de broderie aux paillettes de Frances Goodman, qu'on aime tant, quelques toiles de l'Américain David Kramer, à l'humour irrésistible, plusieurs Optical theaters de Pierrick Sorin, toujours aussi amusants, une composition de Tracey Snelling, Graffiti Island. Posés sur le drap blanc d'un lit, deux Feutre-Bandages d'Elodie Antoine, la sublime peinture de la Française Katia Bourdarel... D'une chambre à l'autre, une régalade vivifiante.

Georges Meurant
Transfigurations
Aeroplastics @ Roosevelt
Maison Henoul
76 avenue Franklin Roosevelt
1050 Bruxelles
Le samedi de 14h à 18h30
Jusqu'au 5 octobre
aeroplastics.net

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.