Agnès Guillaume, au fil de ses nuits

Muriel de Crayencour
08 décembre 2016

A Anvers, chez De Zwart Panther, l'artiste vidéaste Agnès Guillaume expose des vidéos mais aussi des impressions retouchées et retravaillées extraites de celles-ci. Elle est accompagnée aux cimaises de cette galerie presque cinquantenaire par Michel Buylen dont on découvre les peintures hyperréalistes, portraits de jeunes femmes dans un univers hyperbolique et enchanté .

Agnès Guillaume (1962, Louvain) vit et travaille entre Paris et Bruxelles. Après des années de chant et de musique, elle se met à la vidéo en 2010. Six années plus tard, son univers si particulier a essaimé jusqu'au Petit Palais à Paris et au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux dans l'exposition Fantastique !. Nous avions pu découvrir son travail en avril 2014 chez Hangar H18.

Le fil narratif des œuvres d'Agnès Guillaume est clair et présent. Il nous embarque dans un monde étrange, entre rêve et réalité. On croit qu'une histoire va nous être contée mais peut-être l'artiste tente-t-elle de nous égarer. Métaphores et formules stylistiques sont présentes sans volonté descriptive. Voyez You said Love is Eternity, une vidéo sur trois écrans. Au centre, deux couples de mains se rejoignent, se caressent, se touchent, s'échangent des douceurs. A droite, les mains d'une femme pèlent un oignon. Cela fait-il pleurer cette femme dont on ne voit pas le visage ? A gauche, une autre paire de mains, celles d'un homme. Elles tiennent une sphère bleutée. Ensemble elles forment une chaîne où se disent les liens d'amour et de tendresse mais aussi la vie.

Dans une autre salle, voici My Fears, un gros plan sur le visage de l'artiste. Lèvres rougies et peau blanchie par le maquillage. La bouche s'ouvre, un long cri s'échappe. Puis sur un buste, blanc lui aussi. Soudain, du nombril, sortent des souris blanches. Une par une. Tremblantes, sur le plateau formé par le buste, elles cherchent leur chemin. Plus loin, My Nights présente un vol sans fin d'oiseaux noirs, silhouettes se mouvant lentement, découpées sur le fond presque blanc, sur lequel apparait le visage de l'artiste.

Pour ces dernières vidéos – deux premiers autoportraits d’une série de quatre – l'artiste s'est donné quelques contraintes formelles : écran unique, apparition de l’artiste à l’écran et son interaction avec des animaux blancs, image bicolore, ici, blanc et bleu nuit, blanc et rouge. Les vidéos sont déclinées en série d'impressions. Pointons les très belles photos imprimées en plusieurs couches sur papier et film, puis assemblées, des images de My Nights.

L'univers créé par Agnès Guillaume, c'est celui de ses rêves, de la vie secrète de ses émotions. Les offrant ainsi, elle donne à voir au spectateur des ressentis et des sentiments qu'il peut lui aussi capter et éprouver, tant ils sont universels : l'attachement, la peur, l'angoisse, la solitude, la tendresse, l'effroi... Plonger dans ces vidéos, c'est accepter de se baigner dans un flux d'émotions, celles du genre humain. Beau et effarant à la fois.

 

Agnès Guillaumes
Insight Out
Galerie De Zwarte Panter
70-72-74 Hoogstraat
2000 Anvers
Jusqu'au 8 janvier 2017

Du jeudi au dimanche de 13h30 à 18h

www.dezwartepanter.com

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.

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