Aliska Lahusen, l'invitation

Muriel de Crayencour
02 février 2020

A la Galerie Faider, les abstractions peintes ou sculptées d'Aliska Lahusen, artiste polonaise partageant son temps entre Paris et la Bourgogne, sont à voir jusqu'au 22 février. 

Aux murs, de grandes peintures abstraites à l'aspect totémique. Elles sont toutes peintes sur plaques de plomb. L'huile, le pastel, les pigments s'y accrochent avec un rare intensité. Ce n'est pas léger, c'est dense, avec cet arrière-fond métallique, qui ajoute une étrangeté. Voyez Pluie 4-2017 : l'artiste y a marqué le métal de longues griffures verticales, signifiant la pluie. Ensuite, le bleu et le noir se mêlent dans cette grande composition. On ne peut pas parler d'abstraction géométrique, même si l'œuvre n'est traversée que de quelques lignes. Il s'agit plus de la création d'un espace profond, l'invention d'une scène de théâtre qui creuse le mur, forme un espace en creux, qui trouerait le mur et ferait entrer notre regard dans un autre réel, au-delà des limites de la galerie, plus dense, plus sombre et plus vibrant.

Sur d'autres peintures, on retrouve la forme d'un bol largement évasé, un motif récurrent chez Aliska Lahusen. Le plein et le creux y sont évoqués, chacun répondant à l'autre par sa nature contradictoire. Ainsi, à une courbe pleine répond une courbe creuse et voici le récipient qui advient.

Au sol, plusieurs sculptures, dont Puits, une forme ronde et ouverte, qui provoque cette même sensation d'être une porte secrète vers un autre monde, silencieux, secret, qu'on peut approcher - par la grâce de l'invitation de l'artiste et par le regard. Les Tambours d'eau sont de larges cercles de bois recouverts d'une feuille de plomb puis émaillés. Si l'eau est une nouvelle fois évoquée ici, elle s'est densifiée, transmutée grâce à la texture si complexe du plomb.

Voici une série de sculptures en bronze dont la forme effilée évoque le geste d'ouverture d'un bras, comme un geste d'accueil. Ce sont des Barques à la forme archaïque, comme celles qu'on retrouve dans les civilisations anciennes. Ou celles qui transportent sur le Styx les vivants vers la rive des morts. Et c'est bien cela que fait Aliska Lahusen, nous inviter à embarquer pour être transportés d'un lieu secret à l'autre... 

Aliska Lahusen
Peintures et sculptures
Galerie Faider
12 rue Faider
1060 Bruxelles
Jusqu'au 22 février
Du mercredi au samedi de 14h à 18h
http://www.galeriefaider.be/

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.