Les utopies architecturales d’Amélie Scotta

Dounia Dolbec
03 février 2022

Jusqu’au 26 février, la Michèle Schoonjans Gallery au Rivoli Building accueille Curtain Walls, la première exposition personnelle en Belgique de la dessinatrice française Amélie Scotta.

Formée et travaillant entre la France et la Belgique, l’artiste dévoile un travail virtuose et technique autant que délicat et poétique, au service d’un imaginaire inspiré par l’édification architecturale et l’espace urbain.

Dans la première salle de la galerie, le visiteur découvre deux grandes toiles représentant des bâches telles les emballages de bâtiments en chantier. Curtain Walls, en noir et blanc, et Tarpaulin, en orange, annoncent les deux couleurs et l’objet de l’exposition qui s’articule autour de la structure et de l’enveloppe du bâti comme le squelette et la peau d’une architecture organique ou d’une ville en mouvement. Elles font également référence aux drapés représentés en peinture ou en sculpture et témoignent de la dextérité et de la maîtrise du médium par l’artiste.

Dans la même salle, Twist représente une colonne de briques torsadée, célèbre défi de maçonnerie, reproduite sur un rouleau de papier accroché en haut du mur et qui se déploie jusqu’au sol. Un parallèle peut être fait entre cette œuvre et le tronc vermoulu de Carbone (2), exposé dans la salle suivante, à l’étage de la galerie dont la spirale suggère la même prouesse architecturale, tout en apportant une composante végétale et en rappelant que la nature est aussi en prise avec des cycles de construction et de destruction.

C’est entre autres les rapports entre le vivant et l’architecture, ou l’organique et l’urbain, qui sont ainsi explorés par Amélie Scotta, notamment à travers la sensualité de la matière dont elle se saisit. En effet, les formes géométriques de graphite ou de crayons noirs et orange s’épanouissent sur différents types de papier, qu’il s’agisse de papier journal, de papier métrique ou de papier de caisse, ajoutant une dimension sensorielle relative à la texture même des œuvres, à leur présence physique, comme pour équilibrer leur rigueur presque mathématique.

L’artiste explore par ailleurs la relation entre l’abstrait et le concret, en se situant à la limite entre des éléments reconnaissables et des motifs moins figuratifs et plus symboliques. Ainsi, si l’on reconnaît un mur, une barrière de chantier, un tuyau ou encore un immeuble du grand ensemble des Choux de Créteil dans Building site 5, de nombreuses images ne s’inscrivent pas dans un contexte identifiable et ne peuvent pas être situées géographiquement ou dans le temps. Il revient alors à l’observateur de s’emparer de sa propre capacité d’imagination pour interpréter les œuvres et se saisir de la liberté spatiale et temporelle qu’elles dégagent. La scénographie de l’exposition encourage cette posture en créant des liens entre les dessins qui résonnent les uns avec les autres, tout en laissant à chacun son indépendance ce qui permet de préserver toute leur puissance évocatrice.

Amélie Scotta
Curtain Walls
Michèle Schoonjans Gallery
Rivoli Building #25
690 chaussée de Waterloo
1180 Bruxelles
Jusqu'au 26 février
Du jeudi au samedi de 11h à 18h

https://micheleschoonjansgallery.be

Dounia Dolbec

Journaliste

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