Grands formats du APY Land

Muriel de Crayencour
17 octobre 2019

Il faut faut sortir des sentiers battus de l'art contemporain, ou plutôt des rues battues par les pas des afficionidas de l'art actuel pour aller visiter l'Aboriginal Signature Gallery et découvrir la nouvelle sélection de Bertrand EstranginPour cet accrochage dédié aux artistes de Kaltjiti dans le Anangu Pitjantjatjara Yankunytjatjara Land (APY), une succession de très grands formats qui vous sautent au visage par leur force et les vibrations qu'ils émettent.

Dès l'entrée une série de femmes artistes avec un point d'orgue un spectaculaire diptyque, œuvre collaborative qui présente une floraison de trous d'eau déployés en réseaux presque organiques, dans une palette de rouges, bruns et jaunes. Certains cercles entourés de traits font comme des fleurs ou des petites hélices qui semblent tourner. A côté deux toiles presques austères dans leur choix de couleurs, l'une d'Ingrid Treacle (1970) : une myriade de points dans une gamme restreinte de bleus entoure sept cercles noirs, mystérieuses météores, représentants sept sœurs. Une autre toile presque monochrome, de Matjangka Norris (1956), raconte en noir, blanc  et quelques nuances de gris un épisode de sécheresse que l'artiste a vécu petite fille. Une autre œuvre collaborative de Carolanne Ken (1971) et Madeline Curley (1976), présente la grotte de Minyma Makuli. Dans ce lieu qui est une source d'eau permanente pour la communauté des deux artistes se déroule l'histoire de deux femmes, l'une jeune l'autre âgée, contée ici au travers de cet enchevêtrement de formes, cercles concentriques, comme des astres dont certains sont suivis de traits ondulants.

Du côté des hommes, Witjiti George (1938) est un des anciens de de la  Fregon community dans le APY Land du sud de l'Australie. Il était l'un des finalistes du Wynne Prize 2019, à Sydney, qui "récompense la meilleure peinture de paysage australien ou la meilleure sculpture d'un personnage par des artistes australiens." . Sur les toiles de Witjiti George, se retrouve chaque fois le motif d'un serpent noir. Sur les quatre œuvres de l'artiste à voir à la galerie, deux serpents se font face, de chaque côté d'un trou d'eau. Ce sont les deux serpents d'eau de l'histoire tjukurpa, qui vivent dans le Piltati Rockhole avec leurs épouses. Mais aussi trois peintures de Taylor Wanyima Cooper (1939), dont le style et le choix des couleurs le rend très reconnaissable. D'autres grandes toiles dans les pièces suivantes de la galerie qui s'est agrandie. A voir.

From the desert accross the sea
Aboriginal Signature
101 rue Jules Besme
1081 Bruxelles 
Jusqu’au 2 novembre
mercredi au samedi de 14h30 à 19h
http://www.aboriginalsignature.com/

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.