Anatomia, à propos du corps

Muriel de Crayencour
10 octobre 2019

Etonnamment, la Chapelle de Boondael attire souvent des artistes femmes : Sylvia Hatzl, Maud Deschamps, Agnès Guillaume, pour ne citer qu'elles. Comme si exposer là était une possibilité pour elles d'investir, de transformer et de féminiser ce lieu dédié au sacré dans sa précédente affectation. Cette chapelle désacralisée appartient à la Commune d'Ixelles. La nef et le chœur arrondi sont aujourd'hui occupés par le projet, Anatomia, de deux artistes : Tamar Kasparian, plasticienne, et France Dubois, photographe.

Le projet a démarré il y a trois ans, lorsque les deux jeunes femmes effectuent dans les lieux une résidence d'artistes. Nous y avions réalisé un reportage. France Dubois (1976, Rochefort) photographie un corps de femme, mince, vibrant et délicat. Le sien. Les photographies en noir et blanc sont travaillées pour montrer la peau, diaphane, la chair, fragile. Sous la peau, les os : cage thoracique, épaule, poignet. La structure, le squelette, presque visible, sous-jacent, soutenant l'enveloppe et contenant l'âme.

Tamar Kasparian (Bruxelles, 1975) dessine. On avait vu son travail chez Art Sablon il y a quelques mois, fait d'empreintes, de superpositions, de jeux de transparence. Kasparian utilise les réseaux qu'elle trouve sur les feuillages, les pierres, les sols, qu'elle récupère par frottage à la mine de plomb sur papier. Ces trames composent des ensembles complexes sur différents papiers translucides qui sont superposés. Ce goût de la superposition, elle l'utilise ici pour rehausser les photographies de France Dubois. Ainsi, installant un papier de riz à la trame aérée au-dessus d'une photographie, celle-ci prend un aspect duveteux. Le corps qui s'y dévoile, comme masqué par un écran, prend des airs japonisants. L'artiste y ajoute à l'encre une série de traits qui font comme des rhizomes, racines nourrissantes, dansant sur et autour du corps pâle. C'est une structure externe, faisant écho au squelette qu'on sent si présent dans les photographies. Une structure qui soutient, rehausse, enlumine et parfois transforme en végétal... Dessous apparaissent deux mains blanches, un ventre sensuel...

Ce travail en duo joue une valse délicate entre entrailles et peau, dedans et dehors, transparence et opacité, mouvement et immobilité. C'est extrêmement raffiné et à voir jusqu'au 20 octobre.

Anatomia
France Dubois et Tamar Kasparian
Chapelle de Boondael
10 square du Vieux-Tilleul
1050 Bruxelles
Jusqu'au 20 octobre
Du jeudi au dimanche de de 14h à 19h

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.